Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/504

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rique, qui les réduit à cet état d’abaissement ? Malgré les brillantes expériences de nos physiciens modernes, la question n’est pas complétement décidée ; mais il est assez clairement prouvé que l’un & l’autre concourent à l’amendement des terres & à la végétation ; & ne pourroit-on pas dire que dans la nature, toutes les causes concourent ensemble, & qu’aucune n’agit séparément & d’une manière isolée ?

Le troisième moyen de la nature pour amender la terre, est l’eau, considérée sous toutes ses modifications.

Cet agent est si puissant, si actif, si nécessaire, que la végétation ne peut s’exécuter sans son secours, & l’eau seule suffit à bien des égards pour la végétation complette de certaines plantes. Cette vérité a fait penser à plusieurs auteurs, soit anciens, soit modernes, que les plantes devoient leur entier accroissement, & toute leur nourriture, à l’eau, & non à la terre. Nous examinerons ce sentiment à l’article Eau ; mais il est rigoureusement démontré que sans eau ou sans humidité, la fermentation ne peut avoir lieu : les corps se dessécheront plutôt & ne pourriront pas. C’est ainsi qu’après plusieurs années, on trouve desséchés les corps des malheureux voyageurs qui ont été ensevelis sous les monceaux de sable poussés avec violence, & entraînés au loin par les vents.

Il est donc clair que sans eau il ne peut y avoir aucun amendement. On ne doit pas s’attacher ici à considérer l’eau comme un élément pur, mais bien au contraire comme un être composé : telle est la pluie, ou la rosée, ou la neige.

Ces trois modifications de l’eau rendent la terre plus perméable aux rayons du soleil, parce qu’elles en divisent & en séparent les molécules ; qu’elles accélèrent, aidées par la chaleur, la fermentation, la putréfaction, la dissolution des sels, l’atténuation des substances grasses & onctueuses ; enfin, la combinaison & la recomposition de nouveaux principes, sans lesquels la végétation seroit nulle ou engourdie. Veut-on un exemple de ces combinaisons ? il suffit de supposer qu’aucune pluie d’orage n’a délavé la surface de la terre depuis quelques mois ; la première qui surviendra, pour peu qu’elle soit forte, entraînera avec elle la matière visqueuse, huileuse & saline dont on parle ; & par l’analyse chimique, on découvrira ces différentes substances, dans ces masses d’écume que l’eau fait en bouillonnant. Comment ces écumes, ou plutôt ces amas de bulles, pourroient-ils se former, si la substance grasse n’étoit pas rendue miscible à l’eau par le secours d’un sel quelconque ? Ne voit-on pas clairement que la nature agit ici comme l’enfant avec son chalumeau trempé dans une eau savonneuse, pour produire ces bulles, dont la grosseur étonne, & dont les couleurs belles & changeantes, ravissent d’admiration, & présentent toutes les nuances de l’arc-en-ciel. L’écume produite par l’eau de pluie n’est pas, il est vrai, décorée de ces dehors brillans ; sa couleur est d’un blanc jaunâtre, & sa consistance est plus solide, parce