Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/582

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


pent, sans discontinuer, la superficie de la liqueur avec ces instrumens. Cette opération excite de nouveau une écume considérable ; & quelquefois elle devient si forte, qu’elle gêne les coups des baquets. Ce mouvement rapide prolonge tous les avantages de la fermentation, sans permettre à l’extrait de passer à la putridité. D’ailleurs cette opération facilite l’agrégation des parties ; elle rassemble les molécules colorantes, si divisées dans l’eau de la première cuve, & forme peu à peu ce grain regardé par les indigotiers comme l’élément de la fécule.

Une heure ou deux après qu’on a cessé de battre, il convient de visiter la qualité de l’eau. Jamais une mauvaise cuve ne produit de belle eau ; & plus son eau est chargée, plus elle est suspecte de trop de pourriture, ou quelquefois de trop de battage. Il y a une autre qualité d’eau qui est commune à une cuve trop pourrie. Cette eau est brune dans le haut, & à un pouce plus bas elle est verte. C’est une marque infaillible de son excès de pourriture. Ces circonstances sont ordinairement accompagnées d’une fleur épaisse qui se partage en petits crapauds, pour se servir des termes de l’art, & ces crapauds couvrent toute la batterie immédiatement après qu’on a cessé de battre. Lorsque son excès n’est pas outré, elle présente une eau d’un verd clairet, quelquefois elle est brune, & on a même bien de la peine à s’appercevoir de son défaut ; l’eau en reste nette, sans aucune crasse : mais ces eaux sont extrêmement difficiles à égoutter, & faciles à battre, parce que cet indigo écume beaucoup. Lorsque l’indigo est molasse & tire sur l’ardoise pour la qualité, cela manifeste une heure ou deux de pourriture ; on pourroit même l’estimer à trois heures dans la belle saison, parce que la fermentation ne fait pas plus de progrès en trois heures à la fin de Juin, qu’elle en feroit dans une heure, lorsque les saisons sont dérangées. Plus l’indigo a de corps, plus sa feuille reste long-tems à pourrir.

Une cuve, au contraire, qui manque de pourriture, montre presque toujours une eau rousse, ou d’une couleur verte tirant sur le jaune. Lorsque l’indigo est battu à propos, il est exempt de tout mélange de bleu ; mais il est plus ou moins rouge, à proportion qu’on s’écarte de son point : quelquefois on prendroit l’eau pour de la véritable bière. Cette règle n’est pourtant pas si certaine, qu’elle ne souffre de l’exception ; car il y a des coupes entières qui sont toujours rouges, quoiqu’elles aient éprouvé un degré de pourriture convenable : mais alors l’indigotier peut s’en appercevoir au grain. L’eau rouge n’est jamais d’un mauvais présage ; l’indigo en égoutte bien, & sa qualité en est toujours belle.

L’eau qui a la couleur de l’eau-de-vie de Coignac, est la plus belle qu’on puisse desirer, parce qu’alors on est assuré d’en avoir tiré la quintescence, & qu’il ne manque rien, soit en battage, soit en pourriture : on chercheroit en vain la belle qualité de cette eau dans la première & dans la dernière coupe.

La pourriture ou fermentation est un point essentiel à bien saisir,