Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/668

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pier, sur laquelle sont tracés les différens degrés indiqués par l’aréomètre.

Ce fut cette table que M. Baume se proposa de rectifier & de rendre comparable ; & voici d’après quel principe il partit. « Tout corps plongé dans un fluide, & qui y surnage, déplace un volume d’eau proportionnel à son poids, & ce volume d’eau est en raison de la densité du fluide. Ainsi, plus le fluide sera dense, & moins le corps en déplacera, ou moins il y enfoncera ; plus le fluide sera léger, & plus le volume déplacé sera considérable, ou plus le corps enfoncera ». D’après ces axiomes d’hydrostatique, il imagina de varier la densité du fluide sans toucher au volume & au poids du corps. En conséquence, il prit un aréomètre dont le tube cylindrique étoit d’un diamètre parfaitement égal dans toute sa longueur, & le plongea dans une masse d’eau qui pesoit quatre-vingt dix-neuf livres, & qui tenoit en dissolution une livre de sel marin ; & l’endroit où le pèse-liqueur s’arrêta, il marqua le premier degré au dessous de zéro. Pour marquer le second, il fit dissoudre deux livres du même sel dans quatre-vingt dix-huit livres d’eau ; pour le troisième, il fît dissoudre trois livres de sel dans quatre-vingt dix-sept livres d’eau, & ainsi de suite, en augmentant toujours la quantité de sel, & diminuant la proportion de l’eau, marquant à chaque fois les différens points de l’immersion de l’aréomètre.

Cette méthode, très-exacte & très-simple, ne peut cependant servir que pour connoître les différens degrés de densité des saumures ; mais elle est insuffisante pour les fluides ordinaires. M. Baume y suppléa en construisant un instrument semblable d’après les mêmes principes hydrostatiques, mais en changeant la liqueur d’épreuve. Il prit deux liqueurs propres à donner deux termes fixes. L’une étoit de l’eau distillée, l’autre quatre-vingt-dix onces d’eau distillée, chargée d’une quantité donnée de sel marin, de dix onces de ce sel bien purifié & bien sec. Il plongea son aréomètre lesté de façon à pouvoir enfoncer de deux ou trois lignes au dessus de la grosse boule dans la liqueur salée, & marqua zéro à l’endroit où il se fixa ; ce qui lui donna le premier terme. L’instrument lavé & seché exactement fut plongé dans l’eau distillée, & il marqua dix degrés à l’endroit où il s’arrêta ; ce qui donna le second terme. Il ne s’agit que de diviser après cela en dix parties égales l’espace compris entre ces deux points, & de tracer de semblables degrés sur la partie supérieure du même tube, & l’on aura un aréomètre contenant une cinquantaine de degrés de graduation, ce qui sera plus que suffisant, suivant M. Baumé, pour peser l’esprit-de-vin le plus rectifié.

Les degrés de ce pèse-liqueur sont d’un usage inverse des degrés de celui qui sert aux liqueurs salines. Ce dernier en effet annonce une liqueur d’autant plus riche en sel, qu’il s’enfonce moins dans l’eau ; & l’autre, au contraire, annonce une liqueur d’autant plus abondante en esprit, qu’il s’y enfonce davantage.