Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/697

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paille allumée portera la flamme dans toute la place, les fagots & tout le reste seront bientôt en ignition. Comme l’argile bouche les endroits où naturellement la flamme auroit pu percer, elle continuera de cuire lentement, & d’une manière presqu’étouffée, comme on se le propose.

Par-tout où on appercevra une crevasse au sommet, on y jettera une quantité d’argile fraîche qu’on aura préparée à cet effet, jusqu’à ce que la crevasse soit entièrement bouchée, & ainsi cette partie sera calcinée comme le reste.

Aussitôt que le feu est bien allumé, on doit boucher tous les trous qui sont dans les murs au-dessus des rigoles. Un homme sera continuellement occupé à faire la ronde pour voir s’il y a quelques crevasses par où la fumée sorte ; il faut les boucher à tems : ainsi la chaleur fera son office, & l’argile qui couvre tout l’ouvrage se calcinera dans toutes ses parties d’une manière graduée & régulière.

À mesure que le feu continuera de brûler, les matériaux se détruiront, & le lit d’argile qui couvre le sommet s’affaissera irrégulièrement en divers endroits. Cela occasionnera des crevasses de plus en plus grandes, qu’il faudra recouvrir avec de la nouvelle argile, & de la même façon qu’auparavant ; mais on en mettra une moindre épaisseur, à proportion que le feu deviendra plus foible.

En dix ou douze heures de tems, le tout sera affaissé, au point de n’être plus qu’à environ trois pieds au-dessus de terre, & alors la partie de l’argile qui se trouve sur les murs de traverse, sera jetée dans le feu ; celle qui se trouvera la moins calcinée sera poussée vers l’endroit où le feu a le plus d’activité.

S’il arrivoit que quelque portion de toute cette construction brûlât mal, il y faudra pratiquer une ouverture dans cet endroit, & boucher le canal qui est vis-à-vis ; c’est un moyen prompt & facile d’établir un courant d’air & d’y porter la flamme ; mais il faudra boucher le canal qui est vis-à-vis.

Pendant tout le tems que cette argile continue à brûler, on tient de l’argile nouvelle toute prête pour la jeter où le besoin l’exigera. À mesure que le bois se consume, on entretient toujours les cheminées, pour le moins à six pouces au-dessus du niveau de la surface ; par ce moyen, & en y veillant avec soin, les murs & toute la masse étant tenus en bon état, il n’y aura pas la moindre difficulté. Si au contraire on laisse un seul moment le feu exposé à l’air, la flamme sortira sur le champ, & le courant d’air entraînera avec elle la chaleur. Lorsque le feu est éteint, & l’argile bien refroidie, le monceau sera brisé, & toute la terre étendue sur la partie qu’on veut améliorer.

La glaise ainsi préparée devient un excellent engrais, non-seulement pour les champs argileux, mais encore pour les terres à grains non argileuses, pour les prairies, &c.

Si on trouve le procédé qu’on vient d’indiquer trop coûteux, on peut faire de distance en distance, par exemple, de vingt en vingt pieds, de petits monceaux de matières combustibles, les recouvrir avec la glaise levée par tranches, &