Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1781, tome 1.djvu/75

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insectes, sont plus ou moins abondantes. On ne recommande point à un observateur qui veut lui-même soigner ses abeilles, & les visiter souvent, de placer son rucher près de sa maison, afin qu’il soit plus à sa portée : c’est un avantage qu’on ne néglige pas, quand on est curieux de remarquer tout ce qu’offre le peuple laborieux, & rempli d’industrie, qu’on veut soigner. Pour ce qui est de la position par rapport aux abeilles, les endroits où elles peuvent faire d’abondantes récoltes, sont la situation la plus avantageuse qu’on puisse leur procurer. Elles aiment beaucoup aux environs de leur domicile un gazon toujours vert, qui donne en été une fraîcheur qui leur est très-agréable : l’herbe doit en être toujours courte ; si elle étoit haute, elles auroient bien de la peine à en sortir, surtout si elle étoit mouillée. Un terrein sans gazon est trop poudreux en été ; la poussière qui s’attache à leurs pattes humectées par la rosée, les empêche de prendre leur vol : en hiver, il est trop froid & trop humide.

Quoique les abeilles soient peu délicates sur la qualité de l’eau, puisqu’on les voit préférer celles qui sont bourbeuses, puantes, à une eau claire & limpide, & qu’elles recherchent celles des latrines, des égoûts, des fumiers, elle est, en général, au rang des choses qui leur sont les plus nécessaires. Columelle assure que, si elles en manquent, il leur est impossible de faire du miel, de la cire, & d’élever le couvain. Un ruisseau qui couleroit à quelque distance du rucher, seroit donc pour les abeilles un avantage bien réel : en y jettant quelques branches d’arbres en travers, ou quelques caillous, pour s’y reposer, elles pourroient aller y prendre le frais, & boire sans courir les dangers de se noyer ou de mouiller leurs ailes. Quand il n’y a point de ruisseau ni de fontaine dans le voisinage des ruches, il faut absolument y suppléer & mettre de l’eau dans quelques vases. La meilleure manière de leur en procurer, seroit de creuser dans des pierres longues, ou dans des planches de chêne, de petits sillons de trois lignes de profondeur sur autant de largeur, dans lesquels on verseroit de l’eau qu’on renouvelleroit tous les jours en été, afin qu’elles ne fussent point exposées à en manquer. On pourroit encore en mettre dans des assiettes avec quelques petits morceaux de bois par-dessus, où elles iroient se reposer pour boire.

Les abeilles aiment à voyager ; elles vont ramasser leurs provisions loin de leur domicile : toutes les fleurs, les arbres d’un jardin, ceux d’un verger, ne leur fourniroient pas l’abondance qu’elles trouvent dans les campagnes qu’elles parcourent. Cependant un jardin rempli de fleurs, de petits arbres, & un beau verger, leur sont d’une grande ressource au printems ; c’est là qu’elles commencent à butiner & à exercer leurs forces qui ne leur permettent pas d’entreprendre de longues courses : les jeunes abeilles vont aussi y faire leur apprentissage, & exercer leurs talens, avant de tenter les grandes entreprises de leurs maîtres. Les arbres peu élevés d’un jardin ou d’un verger sont principalement