Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/13

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tinie, & plusieurs auteurs après lui. La terre ordinaire des jardins lui suffit. Dans les provinces méridionales, on peut la semer dès la fin de Mars ; il vaut cependant mieux attendre le mois de Mai pour tout le reste du royaume. Le jardinier d’Artois conseille de la semer depuis la fin de Février jusque dans le mois de Juin. Cette plante craint la gelée, & il est à craindre, dans les provinces du nord, de voir dans une matinée ses espérances détruites. Au mois de Juillet, ou plutôt, suivant le climat, la graine est mûre ; & après avoir laissé pendant quelques jours les tiges sur des draps exposés au soleil, pour en détacher les semences, on peut semer de nouveau cette graine, & on aura une assez bonne récolte.

Avant de la semer on trace des sillons si on doit arroser par irrigation, (voyez ce mot) ou bien on dresse des tables si on arrose avec la main : la graine est jetée à la volée, ou semée dans des raies ; quelques coups de râteau suffisent pour l’enterrer, & elle paroît quelques jours après. Dès que la graine germe, elle exige de fréquens arrosemens. Sa végétation est prompte & rapide, sa durée est courte, & elle monte promptement en graine. On est dédommagé d’une existence si passagère, par la facilité qu’on a d’en semer tous les huit ou quinze jours pendant la belle saison.

Il est très-inutile de replanter quelques pieds à part pour avoir la graine. Laissez la plante dans le lieu qui l’a vu naître, & ne dérangez pas sa végétation. Les seuls soins qu’elle exige consistent dans l’arrosement & le sarclage.

On se sert de cette arroche pour les potages qu’elle colore ; on l’unit avec l’oseille, & on la mange assaisonnée comme les épinards ; ce mets affoiblit trop l’estomac. Il vaut mieux lui préférer la poirée (voyez ce mot) pour les usages auxquels on l’emploie dans les cuisines. En total, cette plante mérite bien peu les soins qu’on lui donne.


ARROSEMENT, ARROSER. Les élémens semblent se faire la guerre entr’eux. Dès que l’un domine, il tyrannise les autres ; cependant ce n’est que par leur accord parfait que la végétation se soutient. La terre est le réceptacle de leurs opérations ; elle est purement passive, & les trois autres sont les agens. Si la partie aqueuse domine, l’air & la chaleur ont une action qui pousse les végétaux à la putréfaction avant qu’ils aient atteint le point de leur croissance ; & si elle est trop abondante, il n’y a point de végétation. Si au contraire la chaleur & l’air n’agissent pas de concert, la végétation est nulle. Si l’eau à son tour est évaporée, l’action de la chaleur dessèche, oblitère les canaux de la séve ; les tiges sont sans vigueur, elles s’inclinent & se fanent ; les feuilles retombent ; enfin la plante se dessèche, périt calcinée & réduite en poussière. Il faut donc que l’action des élémens soit combinée. Sans la chaleur la terre est inanimée ; sans humidité il n’y a point de dissolution, & la meilleure terre ressemble au rocher ; sans le secours de l’air, point de fermentation.

La main de l’Éternel a placé la nuit pour tempérer l’ardeur dévorante d’un jour d’été ; la rosée bien-