Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/264

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leuse, comme le conseille l’auteur de l’ouvrage intitulé, le Jardinier d’Artois, à moins que cette argile ne soit divisée par le sable & par le fumier ; & ce n’est pas au moment de semer qu’on doit lui avoir donné cette préparation.

Si la terre est maigre, peu défoncée, &c. la racine de la betterave se divisera en plusieurs branches ou fourches, & il vaudroit autant ne pas avoir semé cette plante.

La meilleure manière est par raies, séparées de dix-huit pouces les unes des autres, afin de pouvoir marcher entre deux lorsque le tems est venu d’éclaircir les jeunes plants. Dans les pays où l’on arrose par irrigation, il vaut mieux les semer en bordure, le long des planches où coule l’eau.

Lorsque les jeunes plantes ont poussé cinq ou six feuilles, c’est le tems de les éclaircir, mais à des reprises différentes, afin que si, par quelqu’accident, des pieds mouroient, on eût de quoi les regarnir. Quelques auteurs ont pensé mal à propos, qu’il étoit inutile de replanter la bette-rave pour regarnir les places vides. Si la terre de ces places est bien travaillée de nouveau ; si le jeune plant a été levé avec toutes ses racines, & replanté avec soin, l’expérience prouve que la racine deviendra aussi forte, aussi grosse que si elle n’avoit pas changé de place.

On donne communément trop peu de distance d’une plante à une autre. Il faut au moins un pied ou quinze pouces pour le mieux ; autrement les feuilles se touchent, se nuisent mutuellement, & interceptent le courant d’air qui doit les environner de toute part.

Sarcler assidument, piocheter quelquefois, arroser suivant la nécessité, sont les seuls soins que la plante demande.

Pour tirer les bettes-raves de terre, on ne doit pas attendre que la gelée ait endommagé les feuilles. On peut, dès le commencement de Novembre, tordre leur fane, les déterrer, car elles ne profitent plus enterré ; aussitôt après les laver, les essuyer, & les laisser deux ou trois jours exposées à l’action du soleil, dans un lieu bien abrité.

Dès que la racine a perdu sa surabondance d’eau, on la porte dans la serre, ou dans un lieu sec & à l’abri des gelées, & on amoncelle ces racines les unes sur les autres. Il est inutile, ainsi que le conseille l’estimable auteur de l’Année Champêtre, de les couvrir de terre, de paille, &c. ; c’est tout au plus ce qu’il faudroit faire au moment où l’on craindroit les plus fortes gelées.

Suivant les climats, les racines conservées dans les serres poussent des feuilles nouvelles au retour des premières chaleurs. Ne leur donnez pas le tems de recommencer leur végétation ; prenez quelques-unes de ces racines, & replantez-les pour avoir de la graine dans la saison.

Vertus. Les feuilles sont insipides inodores ; la racine a une saveur douce. Les feuilles & la racine sont émollientes.

Usage. Plus dans les cuisines qu’en médecine. Cependant la feuille de bette-rave, ainsi que celle de poirée, entretient l’écoulement séreux