Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/327

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


découpées, & sont femelles, stériles, & en plus petit nombre.

Fruit. Les semences sont petites, oblongues, surmontées d’une aigrette, cachées dans les poils du réceptacle.

Feuilles, très-entières, blanchâtres, velues, alongées, linéaires ; les inférieures dentelées.

Racine A, ligneuse, avec des fibres capillaires.

Port. Tiges de la hauteur d’un ou deux pieds, anguleuses, cotonneuses, creuses, branchues. Les fleurs naissent au sommet, ordinairement d’un beau bleu. La culture, ou des accidens, font varier cette couleur ; les feuilles sont alternativement placées sur les rameaux.

Lieu. Les champs, dans les blés, les avoines, &c. La plante est annuelle.

Propriétés. Les fleurs ont très-peu d’odeur, & sont, au goût, d’une saveur amère, & légèrement âcre & astringente. Elle est regardée comme ophtalmique & apéritive.

Usage. Je crois que la forme & la couleur de sa fleur ont déterminé le peuple à lui reconnoître plus de propriétés que cette plante n’en possède. Les auteurs ont recommandé les fleurs pour augmenter légèrement le cours des urines dans l’ictère essentiel, dans l’hydropisie, contre la gale. On les prescrit sous forme de collyre contre l’ophtalmie érysipélateuse, pour les taches de la cornée, pour l’inflammation des paupières. L’eau simple dans laquelle on a fait cuire la fleur, agit plus que les principes inhérens à ces fleurs. On a beaucoup vanté l’eau distillée des feuilles simplement, ou des feuilles & des fleurs distillées ensemble, & cette eau a été nommée de casse-lunettes, comme si les vues foibles ou affectées n’avoient plus besoin du secours des lunettes. C’est une belle chimère. L’eau de fontaine ou de rivière produira le même effet. Règle générale, la distillation de toute plante inodore, produit une eau qui n’a pas plus de propriétés que l’eau ordinaire.

Culture. Le joli coup d’œil qu’offre le bluet des champs, a engagé les fleuristes à le transporter dans leurs jardins. La culture n’a pas changé le port de la plante, mais bien son volume ; les tiges se sont élevées, ont pris plus de consistance ; les fleurons se sont agrandis & élargis : enfin, leur couleur est devenue plus foncée dans les uns, plus claire dans les autres. C’est donc à la culture seule que les fleuristes doivent les barbeaux moitié blancs, moitié violets, tous blancs ou rouges, & quelquefois à fleur double. Dès qu’on leur refuse une excellente culture, ils reviennent bien vite à leur état naturel. On voit encore dans les jardins, une plante que les fleuristes nomment barbeau jaune, & qu’on ne doit pas confondre avec le barbeau ; c’est une espèce à part, & très-distincte, que M. le chevalier von Linné nomme centaurea salmantica, ni avec l’ambrette musquée, qu’on appelle improprement barbeau Turc ; c’est le centaurea moschata de M. von Linné ; ni avec le grand bluet, centaurea montana, qui forment tous les deux des espèces différentes, mais du genre des centaurées. Celui qu’on appelle barbeau jaune craint plus le froid que les autres, & il est vivace, ainsi