Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/385

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dans les plaines, que le climat de ces régions aériennes diffère de celui des vallées & des sols inférieurs. Mais tout cela n’est rien auprès des avantages & de l’utilité réelle que nous pouvons en tirer.

L’agriculture, proprement dite, la médecine rurale & vétérinaire, l’art des teintures, l’architecture & la mécanique tirent leur plus grand secours de la botanique. Les plantes diverses, qui d’elles-mêmes viennent nous offrir leurs richesses, & qui semblent attendre que nous en tirions parti ; celles que notre industrie a su s’approprier, auxquelles nous donnons tous nos soins dans l’espoir d’en être généreusement récompensés ; ces végétaux majestueux qui portent leurs têtes altières dans les régions des nuages, servent de base à ces sciences. De quel intérêt n’est-il donc pas en général, de savoir les connoître, les distinguer & les juger ! Des caractères particuliers servent à les classer ; des classes, on descend aux genres, des genres aux espèces, des espèces aux familles, des familles aux individus qui les composent : ainsi d’anneau en anneau, on parcourt toute la chaîne. Ce sont donc ces caractères particuliers qu’il faut étudier, c’est une des clefs de la botanique. Vouloir connoître les plantes sans s’instruire à fond de ces caractères extérieurs, c’est vouloir travailler en vain : desirer de faire de grands progrès dans l’agriculture générale, dans la médecine surtout, sans être au moins un peu botaniste, c’est refuser de s’éclairer de la lumière d’un flambeau, & se résoudre à marcher à tâtons dans les ténèbres ; aussi voyons-nous que les premiers écrivains botanistes ont été des médecins.

III. Histoire de la Botanique ancienne & moderne. Les anciens n’ont cultivé la botanique, que dans la vue d’en tirer des secours pour soulager l’humanité ; c’est là le but principal & le plus essentiel que l’on devroit se proposer dans cette étude, & que l’on a peut-être un peu trop négligé dans ce siècle. C’étoit sur les lieux mêmes où la nature fait croître les plantes, que l’on alloit les étudier. Une transmigration quelquefois très-longue, un climat & un ciel souvent nouveaux, une culture toujours différente & artificielle, ne les altéroient pas. On les recevoit des mains de la nature, qui les offroit telles qu’elles devoient être, avec leur éducation agreste, & leurs sucs propres. Les plantes seules qui fournissoient à la médecine des remèdes certains, fixèrent l’attention des Hyppocrate, des Crateras & des Théophraste. Ces trois Auteurs Grecs nous ont donné les descriptions des plantes connues & en usage de leur tems. Hyppocrate ne nomme & ne décrit la propriété que de 234. Crateras est entré dans de plus grands détails, mais c’est à Théophraste, qui nous a laissé seize livres sur les plantes, que nous devons l’histoire des connoissances des grecs en botanique. Par malheur il règne une si grande obscurité dans son ouvrage, soit par rapport aux descriptions, soit par rapport aux noms qui ne sont plus les mêmes à présent, que l’on ne peut en tirer tout l’avantage qu’il semble promettre.

Les romains plus occupés à faire des conquêtes, & à étendre leur