Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/405

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d’un petit espace de terrain, on voyage parmi des peuples de différens pays, de différentes tribus. Les uns, se naturalisant à notre climat, y vivent facilement ; les autres, nés dans les plaines arides, sur les bords brûlans du Niger & de la zone torride, ne peuvent supporter la douceur de notre atmosphère, il leur faut des feux continuels & des abris. L’industrie des serres chaudes & leur chaleur graduée, les transportent bientôt dans la température de leur pays natal ; & trompés par l’art, émule de la nature, ils payent nos soins de leurs fleurs & de leurs fruits.

Section VI.

De l’usage des plantes.

Nous voilà enfin parvenu au bout de la carrière. Jusqu’à présent, nous avons étudié la nature de nos richesses, les moyens de les multiplier, de les faire valoir, de les conserver ; apprenons à jouir. Nous en connoissons le prix, profitons des avantages qu’elles nous offrent : tel un marchand qui a sacrifié sa jeunesse & une partie de sa vie à amasser des trésors ; sur ses vieux jours, tranquille au milieu du fruit de ses peines & de son travail, il ne pense plus qu’à l’employer à se procurer les douceurs de la vie.

Plus on a étudié le règne végétal, & plus on a découvert de propriétés dans les plantes. L’homme a su presque tout s’approprier dans les végétaux, tantôt la vertu nutritive, tantôt la vertu médicamenteuse : il s’est apperçu que le suc exprimé de certaines parties étoit coloré naturellement, ou pouvoit le devenir avec certaines préparations ; ses yeux ont été charmés de l’émail des fleurs, des nuances des feuilles ; son odorat a été flatté des parfums qui s’exhaloient des calices ; quelques tiges fermes & robustes ont assuré sa retraite, des branchages épais l’ont couverte ; les fibres de certaines plantes s’adoucissent sous ses doigts industrieux, il en a formé un tissu capable de le défendre de l’injure des saisons ; en un mot, racine, tronc, branches, feuilles, fleurs, fruit, tout a été converti pour son usage ; les végétaux semblent s’empresser à prévenir & à satisfaire tous ses desirs.

Cette variété dans l’emploi que nous faisons des plantes, à fait imaginer à quelques auteurs de les diviser suivant leurs propriétés ; nous n’en adopterons ici que quatre principales, elles renferment toutes les autres : les plantes alimentaires, les plantes pharmacopoles ou médicinales, celles qui sont propres aux arts & aux métiers, & celles qui peuvent être employées pour la décoration des jardins. Nous allons examiner rapidement les différentes richesses que la botanique nous offre dans ces quatre classes.

I. Des plantes alimentaires. Parmi la quantité immense de végétaux qui croissent autour de nous, presque tous contiennent les principes nécessaires à la nourriture animale, les uns plus, les autres moins. La nature semble n’avoir point eu d’autres vues en les multipliant si fort. Mais tous renferment-ils cette matière nutritive dans un état propre à servir d’aliment ? & n’y auroit-il pas du danger à man-