Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/406

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ger indistinctement toutes sortes de plantes, & toutes les parties des plantes, ou à les offrir aux animaux ? c’est ici que la botanique secondée de l’analyse & de la chimie, nous rend les services les plus essentiels ; elle nous apprend que la matière vraiment nutritive tirée du règne végétal, est cette substance mucilagineuse, sans saveur, ni odeur, ni couleur, dissoluble dans l’eau, susceptible de fermentation, & exhalant sur les charbons une odeur de caramel ou de pain grillé. Cette substance si précieuse, est connue sous le nom de corps muqueux sapide, & de corps muqueux insipide. Il est peu de parties dans la plante, où la botanique ne la retrouve ; tantôt on la sépare des feuilles & des racines, par le moyen de l’eau ; tantôt l’écoulement spontané des gommes, ou l’incision faite au tronc & aux branches de certains arbres, la retirent du milieu des liqueurs végétales avec lesquelles elle étoit mélangée ; ici l’expression l’enlève des tiges & des fleurs sous forme de matière sirupeuse sucrée ; là, l’abeille diligente va la cueillir au fond des nectaires, l’élabore, & nous l’offre pour nous récompenser des soins que nous avons bien voulu prendre de sa république : le tissu celluleux des fruits veut envain nous dérober ce suc gélatineux ; le broiement & la trituration l’expriment bientôt ; la fermentation le développe enfin des semences farineuses, sous forme d’amidon.

En général, il n’est donc aucune partie végétale qui ne puisse offrir à l’homme ou à l’animal, une nourriture saine. À la vérité, il n’est pas toujours facile de l’extraire & de l’obtenir sous une forme comestible. Il suffit à la botanique, proprement dite, de nous présenter le tableau des plantes incultes, qui dans un cas de nécessité, pourroient remplacer les plantes cultivées, & qui même seroient dans le cas de varier nos jouissances, en satisfaisant nos goûts & nos appétits ; de nous apprendre quelles sont les racines qui contiennent de l’amidon qu’il faut extraire pour en faire de la bouillie ou du pain ; quelles sont celles dont les semences & les racines farineuses peuvent servir en totalité à la nourriture. Il existe encore une classe, dont la racine, sans être farineuse, peut servir à notre nourriture, sur-tout quand l’assaisonnement y est joint.

La nourriture solide n’est pas le seul bienfait du règne végétal ; le suc exprimé de certains fruits, acquiert par la fermentation des qualités auxquelles nous devons souvent le rétablissement de nos forces & la gaieté de l’esprit. Méfions-nous cependant des liqueurs & des sucs de toutes les plantes, & n’usons que de celles que la botanique nous indiquera. On peut la croire, sur-tout lorsque l’expérience & l’observation l’accompagnent.

II. Des plantes médicinales. Si vivre n’étoit que jouir d’une bonne fauté, & couler des jours heureux exempts de fatigues, d’accidens & de maladies, l’homme n’auroit cherché dans les plantes que la vertu nutritive ; mais hélas ! il ne paroît être sur la terre que pour traîner