Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/410

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les proportions du bouc, nous observons que sa grandeur varie à peu près comme celle du bélier. Ses cornes sont plus longues que celles de la chèvre ; elles sont différemment contournées, & ont la même position & la même direction. Ses grandes cornes & sa longue barbe lui donnent un air bisarre. Son corps paroît ou trop petit, relativement à la longueur de ses cornes, ou trop gros par rapport à la hauteur de ses jambes, qui sont fort courtes, & comme nouées, principalement celles de devant. Les hanches, la croupe, les fesses, les cuisses, en un mot, toute la partie postérieure du corps, paroissent trop gros, & les jambes de derrière trop longues, en comparaison des autres parties du corps. Les genoux sont tournés en dedans ; les pieds de devant sont plus gros que ceux de derrière.

III. Parallèle du Bouc & du Bélier. En comparant le bouc avec le bélier, nous voyons que la plus grande différence se trouve dans la tête, & sur-tout dans les cornes, qui sont placées plus en avant. Leur base s’étend jusqu’à l’endroit du front qui correspond à la partie supérieure des orbites, tandis que celle du bélier est à huit lignes environ au-dessus des orbites ; les cornes sont beaucoup moins courbées, leur couleur en est plus brune, le bord antérieur & intérieur est plus tranchant, le bord postérieur & extérieur plus arrondi ; le front est relevé en bosse, les orbites sont rondes, les os du nez & ceux de la mâchoire postérieure, sont presque droits, le garrot est plus incliné en avant, la croupe plus haute, à proportion de sa largeur ; le bras plus long que le canon, les jambes de derrière plus longues, relativement au canon. Quant aux parties de la génération, il n’y a aucune différence assez considérable pour mériter une description particulière à celle du mouton. (Voyez Mouton)

IV. De la différence du tempérament de la chèvre, de celui de la brebis. Le tempérament qui, dans tous les animaux, influe beaucoup sur le naturel, ne paroît pas cependant dans la chèvre, différer essentiellement de celui de la brebis, puisque ces deux espèces d’animaux dont l’organisation intérieure est presqu’entiérenient semblable, se nourrissent, croissent & multiplient de la même manière, & qu’ils se ressemblent par le caractère des maladies, qui sont à peu près les mêmes. Mais nous observons cependant que, malgré son inconséquence apparente, la chèvre se laisse teter plus aisement, qu’elle est plus docile à la voix de l’homme, plus sensible à ses caresses, puisqu’elle le paye d’un attachement particulier, & qu’elle dépose son caractère d’inconstance pour reconnoître ses bienfaits. On a vu des chèvres venir d’une lieue & plus, pour allaiter des enfans de leur maître, se camper & diriger avec une prudence & une intelligence admirables, le bout de leurs mamelles dans la bouche de ces mêmes enfans. Nous connoissons une personne qui n’a jamais sucé d’autre lait que celui d’une chèvre. Cet animal quittoit régulièrement son troupeau trois fois par jour, & venoit d’une lieue pour allaiter son nourrisson,