Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/497

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fonds & les bords des rivières. Comme le soleil a peu de force dans cette saison, il dissipe difficilement ces brouillards qui se résolvent ordinairement en pluie s’il fait doux, (voyez Bruine) & en givre, s’il fait froid. (Voyez Givre) Il n’est donc pas étonnant de voir alors les brouillards obscurcir l’air pendant plusieurs jours de suite ; & la résolution de ces brouillards dépend de la température actuelle de l’atmosphère & de l’effet des vents. Dans l’été, les vapeurs élevées dans la journée retombent vers le soit après le coucher du soleil & durant la nuit. Si elles sont assez raréfiées pour être invisibles, elles forment alors la rosée & le serein. (Voyez ces mots) Si un froid assez vif, un vent frais les rassemblent & les accumulent, on apperçoit alors un brouillard, plus ou moins épais, que les premiers rayons du soleil du lendemain dissipent ordinairement. Dans le printems & l’automne, les brouillards sont plus fréquens, à cause de la différence marquée de température entre le jour & la nuit. Les pluies, assez fréquentes dans ces deux saisons, imprègnent l’air d’une humidité continuelle, que le moindre froid condense en brouillard.

C’est ordinairement le soir & le matin que les brouillards sont plus sensibles. En voici la raison. Le soir, après que la terre a été échauffée par les rayons du soleil, l’air venant à se refroidir tout à coup au coucher de cet astre, les vapeurs qui avoient été échauffées, s’élèvent dans l’air ainsi refroidi, parce que dans leur état de raréfaction, elles sont plus légères que l’air condensé. Le matin, lorsque le soleil se lève, l’air se trouve échauffé par les rayons beaucoup plutôt que les vapeurs qui y sont suspendues ; & comme ces vapeurs sont alors d’une plus grande pesanteur Spécifique que l’air, elles retombent vers la terre sous la forme de brouillard.

D’après tout ce que nous venons de dire, on peut donc assurer que les brouillards ne sont autre chose que des molécules aqueuses, disséminées dans l’air, & rendues visibles par leur abondance & par le froid ; ce sont, en un mot, de vrais nuages qui flottent dans les régions les plus basses de l’atmosphère, & qui interceptent une partie de la lumière qui nous vient du soleil & des astres. Cette obscurité est produite par le très-grand nombre de ces molécules aqueuses, qui, perdant peu à peu le mouvement en vertu duquel elles se sont élevées, s’arrêtent à une hauteur déterminée, s’approchent & se joignent les unes aux autres. Ainsi disposées, elles doivent nécessairement empêcher que l’effet des rayons lumineux ne parviennent en entier jusqu’à nous, parce que ces gouttes, quelques petites qu’elles soient, se trouvant rassemblées sans ordre, réfléchissent la lumière, & la dissipent par la multitude de leurs surfaces qui s’opposent successivement à son passage. Cet obscurcissement devient quelquefois si considérable, que la lumière est presque totalement interceptée, & que l’on ne distingue les objets qu’à une très-petite distance. Quelquefois aussi ces brouillards épais ne reposent pas immédiatement sur la terre ; ils s’élèvent & se fixent dans la