Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/536

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par les deux bouts. Ces feuilles tombent successivement à mesure que d’autres les remplacent : l’arbre ne paraît jamais dépouillé.

Les fleurs sont très-petites & sans odeur ; elles naissent par bouquet depuis le pied de l’arbre jusque vers le tiers des grosses branches. Celles du tronc sortent des endroits où subsistent les vestiges de l’articulation des feuilles que l’arbre a produites dans sa jeunesse. Chaque fleur est portée par un péduncule foible, long de sept à dix lignes, garni de poils très-courts. Le bouton est à peu près fait en cœur, pâle, à cinq pans, haut d’environ trois lignes sur deux tout au plus de diamètre. Quand la fleur est épanouie, on apperçoit un calice composé de cinq pièces étroites, terminées en pointe aiguë, creusées en cuiller, tantôt d’un blanc de jasmin en leur totalité, tantôt pâles au-dehors, & intérieurement elles sont lavées de couleur de chair. Les pétales sont au nombre de cinq, disposés en rose, composés, pour ainsi dire, de deux parties, dont la première, attachée à la base du pistil, est creusée en forme de casque d’un blanc sale, mais intérieurement coupé de bas en haut par trois lignes purpurines qui s’élèvent jusque vers les deux tiers de sa hauteur. À l’extrémité supérieure & postérieure de ce casque, commence l’autre partie du pétale qui représente une espèce de spatule fort étroite & qui s’élargit à mesure qu’elle descend & se jette en dehors. Cette seconde partie du pétale est d’un jaune pâle. Le centre du calice est occupé par le pistil, & la base du pistil est environnée de cinq filets droits, bruns, longs, assez gros à leur origine, & terminés en pointe. De cette même base sortent pareillement cinq étamines qui sont des filets plus petits, lesquels se jettent en forme d’arc avec leur sommet dans la concavité de la première partie de chaque pétale. L’embryon devient dans l’espace de quatre mois un fruit plus ou moins long, nommé cabosse. Il est fait comme un concombre, long de six à sept pouces sur trois de diamètre, parsemé de verrues, terminé à sa partie inférieure par une pointe courbe. Ce fruit est d’abord vert, pâlit ensuite, & jaunit en mûrissant. Tantôt il commence par être d’un rouge vineux & foncé, principalement sur les côtes qui dominent les sillons, & devient par degré plus pâle & plus clair ; tantôt, après un mélange confus de rouge & de jaune, les teintes se décidant, forment un rouge plus varié de jaune foncé ; d’autres fois les nuances de vert & de blanc, qui produisent par gradation une sorte de jaune, se terminent dans le tems de la maturité par un rouge foncé, mais parsemé de petits points jaunâtres.

Ces couleurs ne pénètrent pas beaucoup dans l’écorce du fruit ; cette écorce, que l’on nomme cosse dans les isles, est épaisse de trois à six lignes, suivant la grosseur du fruit & l’âge de l’arbre ; elle renferme, dans l’épaisseur de près d’un pouce, une substance pulpeuse, d’abord ferme, blanche & un peu teinte de rouge ; ensuite prenant une consistance plus légère, cette pulpe semble être un duvet fort blanc, accompagné d’un mucilage plus ou moins abondant, qui a une saveur