Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/694

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de distinguer la chaleur en deux espèces : la chaleur naturelle, & la chaleur artificielle. Par la première, nous entendrons celle qui existe & agit dans la nature indépendamment de nous, telle que la chaleur du soleil, celle de la terre, celle de l’air, de l’atmosphère ou des climats ; & par la seconde, nous entendrons celle qui est produite par frottement ou par pénétration ; elle renferme la chaleur animale & végétale, ou celle qui est propre aux animaux & aux végétaux.


Section II.

De la Chaleur naturelle.


§. I. De la chaleur des rayons solaires.

La lumière (voyez ce mot) est répandue dans l’espace ; le mouvement du soleil est le principe du mouvement de la lumière, & lorsque l’on se trouve exposé à son action, on éprouve un sentiment de chaleur, & les corps inorganisés en sont affectés. Les rayons du soleil sont-ils donc chauds par eux-mêmes, ou ne font-ils que développer la chaleur inhérente dans tous les corps ? On peut croire, sans craindre de se tromper, que les rayons lumineux s’échauffent en traversant notre atmosphère, s’ils ne sont pas chauds par eux-mêmes, & que leur mouvement qu’ils communiquent aux corps qu’ils frappent, y occasionne le développement de la matière du feu, dont le premier effet est la chaleur. D’après ce principe si simple, on concevra pourquoi tous les corps exposés au soleil deviennent plus ou moins chauds. Mais un phénomène singulier & bien digne de toute notre attention, parce qu’il s’offre à chaque pas, c’est la diversité des degrés de chaleur que les différens corps prennent au soleil. Si l’on se promène au soleil, vêtu de blanc & de noir, & qu’on porte ensuite sa main alternativement sur les parties blanches & noires, on y trouvera sensiblement une grande différence dans la chaleur ; le noir sera toujours chaud au toucher, & le blanc toujours frais. Est-on vêtu totalement en noir, la chaleur du soleil paroît insupportable, tandis qu’elle sera douce si l’on n’est vêtu que de blanc. En un mot, portez la main sur plusieurs corps diversement colorés, exposés pendant un certain tems au soleil, vous trouverez que la chaleur qu’ils auront acquise, sera toujours en raison de l’intensité de leur couleur, ou suivant qu’ils seront d’une couleur plus ou moins foncée ; le noir d’abord, ensuite le rouge, puis le vert obscur, le bleu de roi, &c. enfin le blanc. Deux causes concourent à produire ce phénomène singulier : les rayons lumineux, & la substance élémentaire qui entre dans la composition du corps échauffé. Nous verrons au mot Lumière que les corps noirs ou très-foncés en couleur absorbent la lumière, tandis que les blancs, & par conséquent tous ceux qui approchent de cette couleur, réfléchissent la lumière sans, pour ainsi dire, s’en laisser pénétrer. Les rayons lumineux chauds par eux-mêmes, ou échauffés par leur mouvement à travers de l’atmosphère, venant à rencontrer un corps noir (nous prenons les extrêmes, on expliquera facilement les intermédiaires) le pénétrent aisément ; celui-ci les absorbe, pour ainsi dire, la chaleur cherche à se mettre en équilibre dans tous les