Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/87

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les premiers ont plus du double de cœur que les derniers.

2º. Qu’au même âge, dans un bon terrain, les chênes communs avoient 1 d’aubier & 3 de cœur, & les chênes de petits glands 1 d’aubier & 2 de cœur ; ainsi dans les bons terrains les premiers ont un sixième de cœur plus que les derniers.

3º. Qu’au même âge, dans le même terrain maigre, les chênes communs avoient seize ou dix-sept couches ligneuses d’aubier, & les chênes de petits glands en avoient vingt-un ; ainsi l’aubier se convertit plutôt en cœur dans les chênes communs que dans les chênes de petits glands.

La différence relative de grosseur de l’aubier au cœur, n’est pas le seul objet intéressant que l’on doive connoître dans le bois ; la différence relative & proportionnelle de force, mérite aussi toute l’attention de celui qui veut tirer le parti le plus avantageux d’un tronc d’arbre. L’aubier n’étant qu’un bois imparfait, & n’ayant pas la même solidité, ne peut pas être du même usage ; cependant il n’est pas absolument à rejeter dans des ouvrages qui n’exigeroient pas une grande force.

La solidité & la force du bois paraît être en raison de sa pesanteur ; ainsi, toutes choses égales d’ailleurs, plus un bois est pesant, plus il est fort. L’aubier n’étant, pour ainsi dire, qu’un corps spongieux, dont l’intérieur n’est composé que de vaisseaux vides ou remplis d’air & de fluides, est nécessairement plus léger & moins pesant que le cœur du bois, & s’il est moins pesant, il est par conséquent moins fort. M. le comte de Buffon a fait un très-grand nombre d’expériences pour trouver le vrai rapport ; & le résultat est que des barreaux d’aubier d’un pouce d’équarrissage sur un pied de longueur, dont le poids moyen n’étoit que de six onces , ont rompu sous la charge moyenne de 629 livres, tandis que la charge moyenne pour rompre de semblables barreaux de cœur de chêne, s’est trouvée de 731 livres. L’aubier est donc d’environ un septième moins fort que le cœur de l’arbre. Plus on approchera de la circonférence & plus le bois sera tendre & foible.

C’est par une marche longue & insensible que la nature parvient à convertir l’aubier en bois solide. La condensation & le desséchement de la séve produisent cet effet. Il est un moyen de hâter cet instant & de rendre même l’aubier plus dur que le cœur du bois ordinaire ; c’est celui de dépouiller les arbres de leur écorce sur pied, un an au moins avant de les couper. Les anciens l’ont connu, puisque Vitruve dit, dans son Architecture, qu’avant d’abattre les arbres, il faut les cerner par le pied jusque dans le cœur du bois, & les laisser ainsi sécher sur pied, après quoi ils sont bien meilleurs pour le service, auquel on peut même les employer tout de suite. Evelin rapporte, dans son Traité des forêts, que le docteur Plot assure, dans son Histoire naturelle, qu’autour de Haffon, en Angleterre, on écorce les gros arbres sur pied dans le tems de la séve, qu’on les laisse sécher jusqu’à l’hiver suivant, qu’on les coupe alors ; qu’ils ne laissent pas de vivre