Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1782, tome 2.djvu/91

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plus à craindre cet inconvénient, ou du moins, ce vers ne feroit pas autant de ravage sur du bois écorcé. Sa dureté, & sa densité seroient des obstacles que cet inseste destructeur surmonteroit difficilement.

On remarque quelquefois dans un arbre que l’on vient de couper deux zones ou ceintures blanches autour du cœur ; elles sont séparées l’une de l’autre par quelques couches ligneuses, de façon qu’il paroît exister deux aubiers. Cet accident est connu sous le nom de faux aubier ; il est produit par les grandes gelées, comme M. de Buffon s’en est assuré. Voyez Faux Aubier, où nous expliquerons les accidens divers qui concourent à produire ce phénomène singulier.


AUBISOIN. (Voyez Bluet)


AVEINE. (Voyez Avoine)


AVELINE. (Voyez Noisette)


AVENUE. Route plantée d’une ou de plusieurs allées d’arbres, qui conduit à une habitation quelconque. Que de terrein perdu & sacrifié pour des avenues dans les environs de Paris & près des grandes villes ! On donne tout à la décoration, tandis qu’il est si facile de réunir l’agréable à l’utile. Les grands à l’imitation du Prince, les petits à l’imitation des grands, en un mot presque tous les propriétaires veulent aujourd’hui avoir des avenues, & souvent un cinquième ou un quart d’un petit domaine est employé à lui donner un air de grandeur. C’est sur ce sol perdu que l’impôt devroit peser, puisque ces avenues privent la société des productions qu’on étoit en droit d’attendre du terrain qu’elles occupent, tel est l’effet d’un luxe destructeur. Ce que Lafontaine dit dans sa Fable de la Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf, s’applique très-bien, quoique dans un sens différent, à l’objet dont il est question.


Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages ;
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs ;
Tout petit prince a des ambassadeurs ;
Tout marquis veut avoir des pages.


Si on substituoit au tilleul, au maronnier d’inde, dont le bois n’est d’aucun usage, à l’exception de quelques petits ouvrages au tour, le chêne, le noyer, on auroit à la longue une avenue utile & agréable ; il est même possible de diriger les branches du dedans de l’allée, de manière à leur faire décrire le cercle & former une voûte impénétrable aux rayons du soleil. J’ai vu des avenues plantées en chêne, produire le plus bel effet, & celles plantées en noyer donner du fruit en abondance. Ces arbres sont utiles, & une sotte vanité les a proscrits en raison de leur utilité. Si l’avenue est plantée en ormeau, le vice est encore plus grand. Les racines de cet arbre iront dévorer la substance des bleds à plus de quinze ou vingt toises. La charrue aura beau chaque année morceler ces racines, chaque brin poussera de nouvelles tiges. Un seul coup d’œil sur les terres voisines des grands chemins, dont les plantations sont en ormeau, suffit pour convaincre de la vérité de ce que j’avance. Quel a donc été le motif déterminant pour choisir le maronnier