Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1783, tome 3.djvu/242

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peu de temps avant la métamorphose de la chenille en chrysalide, ils meurent avant d’arriver à l’état qui est nécessaire pour qu’ils se changent en nymphes ; parce que, dans l’état de chrysalide, la chenille ne prend pas la nourriture qui seroit nécessaire pour réparer sa substance dévorée par ces insectes. Il y a très-peu de chenilles du chou, dans le corps desquelles on ne trouve quantité de ces vers rongeurs.

Cette espèce de chenille n’est pas la seule qui nourrisse dans son intérieur des vers qui la dévorent : plusieurs autres, quoique en moindre quantité, sont l’aliment de ces insectes carnassiers. Les mouches n’ont pas la même facilité de déposer leurs œufs dans le corps de celles qui sont velues, comme dans celui de ces espèces qui sont rases. Quelquefois on est surpris de voir des chrysalides d’une belle apparence, qui tombent en poussière lorsqu’on les touche ; le papillon n’en est certainement point sorti ; elle a été réduite dans cet état par les vers qu’elle a nourris, & qui ont dévoré sa substance. Tant que la chenille ronge les feuilles ; elle répare par de nouveaux alimens ce que les vers mangent dans son corps ; mais après sa métamorphose en chrysalide, elle succombe sous leurs dents meurtrières.

Les chenilles ont d’autres ennemis extérieurs, qui leur sont une guerre aussi cruelle que les intérieurs, & qui finit par une mort plus prompte. Les punaises des bois & des jardins sont armées d’une longue trompe qu’on ne voit point, quand elles n’en font pas usage, parce qu’elle est appliquée contre leur ventre : elles la redressent pour l’enfoncer dans le corps des plus grosses chenilles, qu’elles sucent tranquillement, malgré tous leurs efforts pour s’en débarrasser. Un autre ennemi, bien plus redoutable pour elles, est un ver à onze anneaux, sans comprendre la partie postérieure & sa tête : il est plus long qu’une chenille de médiocre grandeur ; il est noir ; il n’a que six jambes écailleuses, attachées aux trois premiers anneaux. Le devant de sa tête est armé de deux pinces écailleuses, dont il perce le ventre des chenilles qu’il attaque. La plus grosse chenille, qui suffit à peine pour le nourrir pendant un jour, ne peut éviter ses poursuites ; dès qu’elle est percée au ventre, il ne la quitte plus qu’il ne l’ait entièrement dévorée. Ces insectes ont soin de se loger à portée de leur proie : on les trouve ordinairement dans les nids des processionnaires, dont la nombreuse famille fournit abondamment de quoi rassasier leur appétit, & satisfaire leur gloutonnerie. La guêpe solitaire est encore un des ennemis des chenilles : quand elles sont petites, elle les emporte dans son nid, pour nourrir ses larves. MM. de Réaumur & de Géer ont donné deux mémoires sur les ennemis des chenilles, dans lesquels on voit que ces savans naturalistes ont observé qu’il y avoit plusieurs espèces de chenilles qui étoient la pâture ordinaire des vers, qui les rongent intérieurement & extérieurement.

Les oiseaux leur font continuellement la guerre ; ils en détruisent des quantités prodigieuses, quand elles sont jeunes : ces insectes sont un mets friand pour le rossignol, la fauvette, le pinçon, &c. Le moineau, tant décrié à cause de sa voracité, en détruit un très-grand nombre