Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1783, tome 3.djvu/244

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qu’alors toutes les jeunes chenilles sont rassemblées dans leur nid. Si on n’a pas eu la précaution d’écheniller pendant l’hiver, on ne peut plus le faire qu’immédiatement après une forte pluie, qui a fait rentrer toutes les chenilles dans leur domicile : cette méthode de les détruire, est la meilleure & la plus efficace de toutes celles qu’on peut indiquer. Les autres n’attaquent que quelques individus ; mais celle-ci tend à la destruction générale de l’espèce, en faisant mourir de monstrueuses familles, qui auroient des générations à l’infini si on les laissoit subsister.

Il ne suffit pas d’attaquer les chenilles sur les arbres fruitiers, il faut encore les chercher dans les haies voisines des vergers & des jardins : si on n’avoit point cette précaution, après qu’elles auroient ravagé les arbustes sur lesquels elles naissent, on les verroit bientôt se mettre en route, pour arriver sur les arbres qui leur offriroient de quoi vivre. Cet insecte, comme nous l’avons observé, se répand partout où il peut nous nuire : ainsi, quoiqu’on ait bien pris la peine d’écheniller chez soi, si les voisins n’ont point eu les mêmes précautions, après que les chenilles auront tout ravagé chez eux, qu’elles ne trouveront plus de quoi y vivre, elles viendront dépouiller les arbres de celui qui aura pris les plus grands soins pour se mettre à l’abri de leurs dégâts. Il seroit à désirer qu’il y eût une loi qui ordonnât, à tous les propriétaires, d’écheniller les arbres & les haies de leurs possessions. Pour veiller à ce que tout le monde se conformât à la loi, on feroit des visites très-exactes, pour s’assurer si elle est observée : une amende contre les réfractaires, les obligeroit à veiller à leurs propres intérêts.

Quand on craint qu’un arbre ne soit attaqué par les chenilles répandues dans le voisinage, on peut enduire tout le tour du tronc, à la largeur de deux pouces, avec du miel, ou avec toute autre matière gluante & visqueuse ; lorsqu’elles veulent traverser cette barrière, leurs pattes s’y attachent, & elles ne peuvent plus avancer : alors, il faut avoir soin de visiter l’arbre de temps en temps, afin d’ôter les chenilles qui sont prises aux pièges qu’on leur a tendus, pour les écraser : si on les laissoit, leur corps serviroit de planche à d’autres, pour traverser la barrière sans s’engluer. Quelquefois on réussit à faire tomber les chenilles d’un arbre qui en est couvert, en brûlant au bas de la paille mouillée, ou celle de la litière des chevaux, qui occasionne une fumée très-épaisse, qui les étourdit : lorsqu’on mêle à ce feu un peu de souffre, la fumée est bien plus propre à les étourdir. On ne doit point leur donner le temps de revenir de cette sorte de convulsion ; il faut, au contraire, les écraser tout de suite à mesure qu’elles tombent ; autrement, dès qu’elles seroient revenues de cet état de convulsion, elles regagneroient les arbres.

Dans le Journal Économique du mois de juillet 1760, on y trouve un moyen pour les détruire, dont l’auteur assure avoir fait usage avec le plus grand succès. Ce remède, dont l’efficacité est démontrée par les effets, si nous en croyons son auteur, consiste dans une eau de savon, avec laquelle on arrose les