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parlerai donc pas des engrais de la première classe, puisque leur manière d’agir est détaillée au mot Amendement.


CHAPITRE PREMIER.

Des Engrais dont l’action est purement mécanique.


Tout est engrais dans la nature ; il suffit d’appliquer chaque substance dans les cas convenables. Le meilleur engrais pour les terres sablonneuses est l’argile, & pour les terres argileuses, le sable, les pierres, les cailloux ; j’entends par ce mot, toutes pierres roulées ou non roulées, & non pas simplement le silex, surtout, si elles font susceptibles de se décomposer avec quelque facilité ; alors elles deviennent elles-mêmes des engrais qui ne forment pas les principes de la fève ni l’humus, mais qui concourent à leur génération.

Le sable laisse écouler l’eau qui le pénètre trop facilement : entre chacun de ses grains il se forme un petit abri, une cavité dans laquelle la chaleur des rayons du soleil se concentre, & hâte l’évaporation de l’humidité. Dans l’argile, au contraire, les molécules infiniment petites, divisées à l’excès, se réunissent les unes contre les autres, & forment un corps dur & compacte ; l’eau & la chaleur les pénètrent à peine ; ainsi le sable devient un excellent engrais pour cette argile, en séparant ses molécules, en détruisant leur agrégation, en permettant à l’eau de s’insinuer par les petites gerçures qu’ils présentent, & cette terre, auparavant appelée froide, devient productive. Le mécanisme de l’argile mêlée au sable, est précisément le même, mais dans un sens contraire ; elle sert de lien d’adhésion aux molécules sablonneuses, les unit les unes aux autres, leur donne du nerf & de la consistance ; enfin, par un mélange, proportionné, cette terre sablonneuse, auparavant si perméable à l’eau, si dévorante par sa chaleur, devient une terre propre à la végétation, parce qu’elle retient l’eau dans une proportion convenable, & parce que l’argile contient en elle-même une assez grande quantité de terre végétale ou humus.

Après le mélange de ces deux qualités de terre si opposées, il est aisé de concevoir avec quelle facilité le grain germera, enfoncera sa radicule, étendra ses racines dans les petites gerçures, combien se multiplieront les liens qui tiendront la plante assujettie dans cette terre, & lui donneront la facilité de pousser des tiges vigoureuses, qui le deviendront encore plus par l’absorption de leur nourriture dans l’atmosphère. Je l’ai dit & je le répète encore, toute plante reçoit autant d’aliment de l’air que de la terre. Il y a une perpétuelle action & réaction de l’un sur l’autre. Pendant le jour, le soleil agit sur la terre, alors la sève est ascendante ; & pendant la nuit, la terre agit sur l’atmosphère & la sève est descendante. Dans le premier cas, la plante se nourrit aux dépens de l’humus, & dans le second, elle se nourrit au dépens de l’air & des principes qu’il contient : sans l’action mécanique du mélange de ces deux terres, l’une & l’autre seroient relié inutiles à la végétation.

Ce que je dis de l’argile s’applique a la craie & même à la marne, si on les trouve en couche ou bancs