Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1783, tome 4.djvu/225

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seconde, les engrais dont l’action est simplement mécanique, c’est-à-dire qui s’exécute par la division ou le rapprochement des molécules de la terre ; la troisième, les engrais purement salins ; la quatrième enfin, les engrais qui sont en même temps salins, huileux, graisseux, & qui contiennent en eux-mêmes tout ce qui est nécessaire à rendre la sève un fluide savonneux, & à la formation de la terre végétale.

La terre ne vieillit point, ne s’épuise pas tant que nous la cultivons, non suivant nos loix, nos coutumes ou préjugés, mais conformément à ses loix & à ses principes. Dès qu’elle est livrée à elle-même, de productive qu’elle étoit, elle devient peu à peu stérile, parce que ses productions absorbent insensiblement l’humus ou terre végétale, & sa superficie devenue une croûte endurcie, ne jouit plus des avantages que lui procurent les météores. La terre n’entretient l’existence de sa fertilité, que par le secours de ses propres productions ; c’est de leurs débris qu’elle reçoit ses engrais, ses alimens. Les pluies, les rosées, les neiges qui la fertilisent, sont-elles autre chose que ses propres exhalaisons qui retombent ensuite sur sa surface, après avoir éprouvé dans l’immense réservoir de l’atmosphère, de nouvelles combinaisons, & s’être approprié ce sel appelé aérien par M. Bergman ; ces combinaisons d’air fixe, d’air inflammable ou électrique, (voyez ces mots) qui sont la base de la fécondité dont elles imprègnent la terre ? La conclusion à tirer de ces principes, est qu’elle reste toujours susceptible de produire la plus belle végétation, tant qu’elle conserve dans son sein, soit naturellement, soit par art, l’humus & les matériaux de la sève, & qu’elle retient seulement, en quantité requise, l’humidité convenable à chaque genre de plante.

Si chaque année, ou tous les deux ans, nous dépouillons la terre de la récolte qu’elle produit, & que nous ne lui rendions pas, d’une manière ou d’autre, les principes qui ont servi à la formation de cette récolte, il est constant que nous l’appauvrissons, & que nous diminuons ses ressources. Si nous cultivons mal, si nous cultivons à contre-temps ; enfin, si nous labourons trop souvent, alors la terre reçoit difficilement & en petite quantité les impressions salutaires des météores, ou bien, la chaleur excitant une trop grande fermentation, fait volatiliser en pure perte les principes constitutifs de la sève, & ils vont se répandre dans le vague de l’air ; mais si, au lieu de dépouiller la terre de ses productions, on les enfouit dans ce même sol, elles lui rendent en entier les principes qu’elles ont pompés par leurs racines, & en outre ceux qu’elles ont absorbés de l’atmosphère : de-là vient que toutes les plantes quelconques rendent plus à la terre qu’elle n’en absorbent ; c’est le premier engrais naturel & le plus analogue, qui contient en quintessence les principes de tous les autres, puisqu’il a déjà été élaboré & rendu analogue à la plante.

Afin de mieux saisir le vrai sens de ces idées très-rapprochées, consultez les mots Alterner, Amendement, & le dernier chapitre du mot Culture ; les détails qu’ils renferment sont absolument nécessaires à l’intelligence de ce que je vais dire dans cet article, & me dispensent de répéter ce qui a déjà été dit. Je ne