Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1784, tome 5.djvu/754

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le lin, laissent très-peu de débris de végétaux, & on aura raison ; mais on ne fait pas attention que les racines de ces plantes sont pivotantes, & par conséquent, elles n’effritent & n’appauvrissent pas la terre de la couche supérieure, mais seulement de la couche inférieure : cela est si vrai, que si l’on sème le même champ en chanvre ou en lin, ces plantes réussissent très-mal ; le lin sur-tout, puisque le procédé dit qu’il faut attendre dix ans avant de semer le lin dans le même endroit. On aura beau labourer & foncer, à un pied de profondeur, une luzernière & en semer une nouvelle, on ne doit s’attendre à aucune réussite, parce que le fonds de terre est épuisé par les racines qui pivotent très profondément. On ne fait pas assez d’attention à la différence des racines pivotantes & fibreuses ; cependant cette distinction est la base de l’agriculture. Au milieu d’une prairie bien entretenue & dans sa vigueur, on voit prospérer une plante de patience, (voyez ce mot) ; l’herbe qui l’environne ne souffre pas de son voisinage, parce que la première a une racine pivotante, & la seconde, une racine fibreuse ; mais supprimez l’herbe à racine pivotante, plantez à sa place une à racine fibreuse, elle végétera mal, languira & périra, parce que les plantes de la circonférence à racines fibreuses, épuiseront sa subsistance avant qu’elle ait eu le temps de prendre son accroissement.

Les règles de la bonne économie prescrivent de ne semer le lin & le chanvre, que dans des sols riches & qui ont du fonds ; elles prescrivent en outre de bien fumer & de bien amender le champ avant de semer ; mais comme il n’est pas possible que ces plantes absorbent tout l’engrais, celui qui reste, remplace bien au-delà les sucs nutritifs que les plantes se sont appropriés ; ainsi, la récolte de blé, qui succédera à celle du chanvre ou du lin, sera au moins aussi belle que si le champ eût resté en jachère. On aura donc eu deux récoltes, tandis qu’on n’en auroit qu’une, en suivant le système des jachères.

2°. On convient qu’il est très difficile, chaque année, de semer le même champ en blé, à moins que ce ne soit un champ très-fertile ; parce que, suivant les provinces, la plante occupe trop long-temps la terre, & on n’a pas le loisir de lui donner les labours exigés, avant de semer de nouveau.

Il s’agit de s’entendre ; biner, terner, quaterner, &c. la même récolte dans le même champ, n’a jamais été enseigné par les partisans de la suppression des jachères, puisque c’est le moyen le plus sûr de détruire la terre végétale ; &, au contraire, ils ne cessent de répéter qu’il faut absolument en créer le plus qu’il est possible. Suivons leurs opérations : aussi-tôt que le blé est enlevé de dessus le champ, ils font donner un coup de charrue aussi fort que la circonstance le permet ; si la terre est trop douce, ils diffèrent jusqu’après la première pluie. Leur intention étoit de se procurer un fourrage d’hiver. Après quelques labours, ils sèment à la fin d’août, des raves, des navets, des carottes ; leurs feuilles servent en novembre, décembre, janvier, février, mars & avril, suivant le climat, à faire pâturer les troupeaux. Si la gelée fait