Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1785, tome 6.djvu/434

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reuse. Ceux qui en sont attaqués, sont forts, robustes, & à leur état près, bien portans. Ils vivent assez longtemps. Il est prouvé qu’ils ne contractent jamais de maladie épidémique. Mais un profond sommeil, qui succède à un délire continuel, & l’insensibilité des malades au froid le plus aigu, & à l’action des purgatifs, sont des signes de mauvais augure ; & si les forces sont épuisées par l’abstinence, & que le malade tombe dans l’épilepsie, ou dans quelque maladie soporeuse, la mort ne tarde pas à terminer sa vie.

Personne n’ignore que la manie ne soit difficile à guérir, sur-tout lorsqu’elle est invétérée, & que cette maladie est incurable lorsqu’elle est héréditaire.

La nature opère très-rarement d’elle-même la guérison de cette maladie néanmoins on a vu la manie guérie par de fortes hémorragies du nez, ou par d’autres évacuations ; mais ces cas sont si rares, qu’on ne sauroit toujours attendre des crises aussi salutaires, sans exposer les maniaques aux dangers les plus évidens ; on est donc forcé d’avoir recours à d’autres méthodes de traitement, relatives, 1°. à l’état de foiblesse, d’épuisement, de démence, produite ou entretenue par des évacuations immodérées, ou au vice général de la constitution ; 2°. à l’état nerveux, idiopathique du cerveau & des nerfs.

1°. Dans cette espèce de manie qui succède aux fièvres intermittentes mal traitées, & sur-tout à la fièvre quarte, que Sydenham a fort bien observée, il est très-dangereux de faire saigner & de donner des évacuans ; il faut, au contraire, la combattre par des remèdes analeptiques, fortifians & toniques : la thériaque, dans ce cas, est un excellent remède. Locher, qui a très-bien traité de cette maladie, a observé que les saignées & les purgatifs étoient nuisibles dans le cas de foiblesse naturelle & essentielle, & d’épuisement des forces. Au lieu que dans la manie entretenue par une fluxion chronique, ou par une congestion à la tête, à la suite des passions vives, de remèdes échauffans, & d’autres abus de cette espèce ; les évacuans & la saignée, en assombrissant le malade, produisent les plus heureux effets.

Les vésicatoires conviennent surtout à la manie qui reconnoît pour cause la répercussion des exanthèmes, des dartres & autres maladies de la peau. Mais, ce n’est pas comme irritans qu’il faut les employer, mais comme affoiblissant ; pour cet effet il faut les maintenir pendant longtemps. Après les évacuans convenables, les rafraîchissans, tels que l’eau froide, les bains, & autres semblables sont très-avantageux. Il est très-utile de prendre un bain tiède des extrémités, en arrosant en même temps la tête d’eau glacée, & de donner intérieurement de la limonade nitrée. Le vinaigre distillé, paroît sur-tout convenir dans la manie, avec congestion à la tête, dans des sujets pléthoriques.

Les femmes historiques peuvent être facilement attaquées de manie, & sur tout les femmes en couche, par des passions violentes, par la suppression des vidanges, par des dépôts laiteux, & autres causes purement nerveuses, sans congestion à la tête. On est autorisé à soupçonner cette affection sympathique, lorsqu’il s’annonce tout-à-coup un délire, sans cause de congestion, précédé de vio-