Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1785, tome 6.djvu/435

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lentes affections de l’ame. Les remèdes nervins, tels que la myrrhe, le castoreum, l’assa-fœtida, sont très appropriés ; & les martiaux, dont Mead a peut-être trop étendu l’usage, réussissent singulièrement.

L’opium est le remède le plus convenable à la manie qui est produite par des passions vives, des terreurs extrêmes sans congestion, ni pléthore. Un célèbre médecin l’a donné, avec succès, à la dose de huit grains. Mais il faut plutôt entretenir le ventre libre, au moyen de l’émétique, pour prévenir la congestion, qui ne pourroit être que désavantageuse. Dans le cas de veilles opiniâtres, l’opium, gradué à propos, procure un sommeil doux & très-avantageux. Mais il arrive quelquefois aussi, qu’il augmente les symptômes, & qu’il produit des interruptions dans le sommeil, des agitations & des songes très-fâcheux ; il faut alors s’en abstenir, de peur qu’il ne rende la maladie incurable. Il vaut mieux lui préférer des rafraîchissans & d’autres caïmans, tels que le syrop de diacode, & le camphre corrigé avec le nitre donné à très grande dose. Locher assure avoir soulagé, avec le musc, beaucoup de maniaques, & en avoir guéri un radicalement.

On a vu des maniaques guéris par certaines opérations. C’est ainsi qu’un homme, auquel on creva les yeux, parce qu’il faisoit le loup-garou, (Voyez ce mot) fut entièrement exempt d’attaque. Le hasard a plus souvent opéré de pareilles cures, que la main du chirurgien. On n’en sauroit conseiller l’imitation.

Vanhelmont a proposé l’immersion du malade dans l’eau froide. Il est très-vrai qu’on a obtenu de bons effets des bains froids, & de pareilles immersions. Les anciens faisoient un grand usage de l’ellébore blanc mais, comme ce remède est corrosif, il ne peut être employé que comme sternutatoire. Le vinaigre distillé, peut être regardé comme un vrai spécifique dans cette maladie, & comme correctif de l’atrabile qui domine dans les affections maniaques & hyppochondriaques. Locher faisoit prendre chaque jour, une livre d’infusion testacée d’hypericum, & après dîner, il donnoit de quart-d’heure en quart d’heure, quelques cuillerées de vinaigre distillé. Il assure avoir guéri, par cette méthode, un grand nombre de malades ; mais il veut qu’on continue ce traitement pendant deux ou trois mois. Il a vu que l’usage du vinaigre faisoit disparoître l’état étrange des yeux, & ce regard forcé, qui est un symptôme primitif de cette maladie. Il a encore observé que ce remède pousse, par les sueurs, & les autres excrétions ; mais que ces crises étoient indépendantes de la guérison, puisqu’elles n’arrivoient qu’après que la maladie avoit cessé, de même que la suppression des règles & des hémorragies qu’il faisoit disparoître ; ce qui étoit un indice d’un entier rétablissement. M. Ami.


MANIHOC ou MAGNOC. Comme je n’ai jamais cultivé, ni vu cultiver cette plante, je vais emprunter cet article de l’histoire des plantes de la Guiane françoise, de M. Aublet. Von Linné le classe dans la monoécie monadelphie, & le nomme jatropha manihot. Il a été connu par Gaspard Bauhin, sous la dénomination d’arborsucco venenato, radice esculentâ.

On en connoît à Cayenne plusieurs