Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1785, tome 6.djvu/436

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espèces. La première est celle dont la racine est bonne à manger six mois après que la plante a été mise en terre, c’est le magnoc-maïé. Cette racine est courte, grosse, dure à rapper ; son écorce s’enlève difficilement ; étant rappée & pressée, elle rend peu de suc ; ses tiges sont basses, branchues & rameuses ; elles ont au moins douze pieds de haut, & leur écorce est grisâtre.

La seconde espèce se nomme magnoc-cachiri, elle diffère de la première par ses racines, qui ont un pied & demi, ou plus, de longueur, environ sept à huit pouces de diamètre ; par ses tiges, grosses à-peu près comme le poignet, branchues, hautes de six à sept pieds. Les naturels du pays ne l’arrachent qu’après dix mois de culture ; ils l’employant principalement à la fabrication d’une boisson qu’ils nomment cachiri.

La troisième espèce est le magnoc-bois-blanc. Elle diffère de la précédente par ses racines qui ont beaucoup de rapport, par leur forme & par leur grosseur, avec celle du magnoc-maïé. Ses tiges ont six à sept pieds de haut, elles sont terminées par de très-petits rameaux courts, chargés de feuilles ; leur écorce est d’un gris cendré. Pour employer sa racine, il faut qu’elle soit âgée de quinze mois. On fait avec cette espèce de magnoc une cassave très-blanche, & agréable au goût.

La quatrième espèce est le magnoc-maï-pourri-rouge. Ses tiges sont rougeâtres, branchues, rameuses & joueuses ses nœuds sont très-rapprochés ; la tige est haute de six à sept pieds ; ses racines ont la peau brune ; elles sont plus ou moins grosses, suivant la qualité du tertein ; on ne les arrache qu’après quinze mois. La cassave qu’on en fait est excellente. Si ce magnoc est cultivé dans les champs où les eaux de pluie ne croupissent pas, ses racines se conservent en terre l’espace de trois années sans se pourrir ni se durcir.

Le magnoc-maï-pourri-noir forme la cinquième espèce. Elle ne diffère de la précédente que par ses tiges, dont l’écorce est brune ; d’ailleurs sa racine a les mêmes propriétés que celles de la quatrième espèce, & ces deux plantes sont tout-à-fait semblables.

Nous mettrons, pour la sixième espèce, le camagnoc. Celui-ci diffère de tous les autres magnocs par ses racines, qui sont bonnes à manger sans être rappées, pressées ni réduites en farine : on peut les faire cuire sous la cendre ou dans un four, ou les faire bouillir. De quelque manière qu’on les cuise, elles sont bonnes à manger, & tiennent lieu de pain.

Elles n’empâtent pas la bouche, comme les cambars ou ignams ; ses racines sont longues d’environ un pied sur trois à quatre pieds de diamètre. On les arrache au bout de dix mois ; les tiges sont hautes de cinq à six pieds ; leur écorce est rougeâtre ; les feuilles sont également rougeâtres en-dessous, & sujettes à être piquées par les insectes ; l’extrémité des tiges est chargée de feuilles ; les vaches, les chèvres & les chevaux les mangent avec plaisir. Les racines coupées par rouelle, sont du goût des vaches, des chevaux & des cabris. Quand les saisons sont sèches, lorsque le fourrage manque, cette plante peut être d’un grand secours pour nourrir & pour engraisser les troupeaux. On peut nourrir avec ses