Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1796, tome 9.djvu/124

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naux, l’un en novembre de l’année dernière, & l’autre en juin suivant, & je commençai à semer le premier juillet ; les autres quinze journaux ont été semés sur le chaume après du seigle, depuis la mi-juillet jusqu’au cinq août. Je n’avois fumé que quinze bichettes, mesure du Pont-de-Beauvoisin, & j’en ai récolté 1296, malgré l’excessive sécheresse de cette année, & la forte gelée que nous avons essuyée le six octobre dernier, qui a gâté les trois quarts de celui du pays, Il est à remarquer que, quoique ce précieux grain produise pour le moins autant de paille que celui du pays, j’ai récolté deux fois plus de poids en grains qu’en paille, en sorte qu’une voiture de trente quintaux de cette récolte, me rend vingt quintaux de grain & dix seulement en paille, laqu’elle est très-propre à faire la lisière aux bestiaux.

Un second avantage, c’est que quatre hommes battent avec le fléau, à l’aire ordinaire de ma grange, cent bichettes de ce grain par jour, qui valent cent trente quarteaux, mesure de Grenoble ; il est plus aisé à venter que le blé-noir ordinaire, n’ayant ni chapeau, ni fleur, ni feuille.

La Lichette de ce blé-noir, mesure du Pont-de-Beauvoisin, pèse de 29 à 30 livres, & celle de froment pèse 38 à 40, poids de marc.

Comme je ne veux tromper personne, je vais annoncer les petits désagrémens de ce blé-noir.

1°. Cette plante étant entièrement chargée de grains, il en dégraine un peu plus que celui du pays, en la récoltant, ce qui peut valoir un quinzième ; pour parer à cet inconvénient, j’ai un troupeau de poule d’Inde, qui s’en nourrissent très-bien.

2°. Le grain est un peu plus rude & plus difficile à moudre que celui du pays, il lui faut presqu’autant de temps qu’au seigle, parce que la farine est plus grasse & plus douce.

La pate ayant plus de liaison que celle du grain du pays, le levain n’agit pas tout-a-fait si promptement, il lui en faut une plus grande quantité, ou attendre un peu plus & la pétrir comme le froment.

La farine, ainsi que celle du pays, ne se conserve pas ; en sorte qu’il ne faut en faire moudre que lorsqu’on veut s’en servir ; le pain est moins noir, mais d’un jaune-verdàtre & d’un goût à-peu-près semblable à celui au pays ; plusieurs personnes le préfèrent.

Il se sème dans le même temps, de la même manière que celui du pays, parce que c’est une semence froide qui veut trouver la terre extrêmement échauffée, & que les fraîcheurs du mois de septembre lui sont nécessaires pour se perfectionner. Le vrai temps sera, pour les pays très-froid, le commencement du mois de juillet, pour ceux moins froids, du 15 au 25, & pour les pays chauds, le commencement d’août ; au moyen de quoi il réussira par tout & dans toutes les espèces de terrains ; les plus forts lui conviennent cependant mieux. Il faut un tiers de semence de moins que de celui du pays. Le temps de la récolte de cette plante est lorsqu’elle commence à se dessécher & qu’elle quitte sa feuille, après quoi elle dépérit peu-à-peu.

M. de Turmerlin, de l’évêché Saint-Brieux, s’exprime ainsi dans une lettre par lui écrite à l’auteur du Journal Politique, en date du 16 décembre 1782 :