Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1796, tome 9.djvu/27

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il enlève la terre à la profondeur convenable, place ses oignons, & les recouvre avec la même terre ou avec de la meilleure.

Après que les fleurs sont passées, les feuilles commencent à paroître ; quoiqu’elles ne soient pas agréables à la vue, il est important de ne les point couper ni froisser ; elles doivent végéter dans toute leur liberté, sans quoi l’oignon périroit. Il faut même débarrasser la place qu’elles occupent, de toutes espèces d’herbes, qui deviennent parasites de la cause de la pourriture de la bulbe.

On lève de terre les bulbes, seulement lorsque les feuilles sont fanées, & on les transporte dans un grenier bien aéré ; on les étend sur des claies, & sur-tout on les préserve de la voracité des rats & des souris, qui en sont très-friands.

Si l’amateur prend la peine de récolter la semence que produisent les variétés du safran printanier, de les semer & de conduire leurs productions avec le soin convenable, il est assuré d’avoir de jolies variétés, & souvent des variétés nouvelles : ce n’est que par les semis qu’il peut s’enrichir ; sans eux il augmente il est vrai chaque année le nombre des espèces qu’il a déja, mais il ne fait aucune nouvelle acquisition.

Les variétés du safran d’automne doivent être traitées pour la culture ainsi qu’il a été dit en parlant du safran en général, c’est-à-dire, la plantation doit en être faite au commencement d’août, tandis que les printanières ne demandent à être mises en terre qu’à la fin de septembre ou d’octobre, suivant le climat.

Les peintres emploient les stigmates du safran ordinaire pour les couleurs. Leur infusion donne un très-beau jaune, utile dans les miniatures. Les teinturiers s’en serviroient plus fréquemment pour les étoffes, si le prix n’étoit pas aussi haut.

II. Propriétés alimentaires & médicinales. Les métayères ajoutent quelques stigmates dans le lait qu’elles battent pendant l’hiver pour avoir le beurre plus coloré. Ceux qui travaillent les pâtes afin de les réduire en vermicelle, en lazagne, en macaroni, &c, les colorent de même. En Espagne & dans quelques autres royaumes, les stigmates sont très employés dans la préparation des viandes & des alimens.

Les stigmates ont une odeur aromatique, assez agréable, une saveur amère. Ils sont réputés anodins, stomachiques, expectorans, légèrement cordiaux, emménagogues & diaphoniques.

On ne se sert que des stigmates, mais on doit craindre de les donner à trop haute dose ; ils provoqueroient l’assoupissement, le ris sardonique, accompagnés de vomissement, le délire… Ils calment les coliques d’estomac causées par des humeurs pituiteuses ; ils échauffent, excitent le flux menstruel, les lochies, les pertes blanches suspendues par les vives passions de l’ame… Extérieurement en poudre sur la tête des enfans, ils passent pour dissiper la rache, effet moins certain que l’espèce d’assoupissement où cette poudre jette le malade lorsqu’elle est appliquée à haute dose & souvent réitérée. Il est douteux qu’étant mêlés avec la mie de pain & le lait, ils calment la douleur & facilitent la résolution des tu-