Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1796, tome 9.djvu/31

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


du sang, la trop grande force, la roideur des solides, le mouvement tumultueux & accéléré des fluides, les douleurs vives & les contusions.

Elle est au contraire contre-indiquée dans le défaut de partie rouge dans le sang, les édèmes, les engorgemens séreux, l’âge trop ou trop peu avancé, les fièvres intermittentes, la transpiration arrêtée, la foiblesse du corps, & la lenteur de la circulation.

Boerhave veut qu’on saigne dans les grandes inflammations internes, avant la résolution commencée, avant le troisième jour fini, par une large ouverture faite à un gros vaisseau ; qu’on laisse couler le sang jusqu’à une légère défaillance, & qu’on la répète jusqu’à ce que la croûte inflammatoire soit dissipée. Il soupçonne que les saignées abondantes pourroient écarter la petite vérole, ou dissiper la matière varioleuse sous une forme plus avantageuse que l’éruption.

On distingue la saignée, relativement à ses effets, en évacuative, en spoliative, en révulsive & dérivative. On appelle saignée évacuative celle où l’on se propose de désemplir les vaisseaux en diminuant le volume du sang ; la saignée spoliative est celle ou l’on se propose aussi de diminuer la quantité proportionnelle de la partie rouge du sang ; mais j’appelle saignée révulsive, celle qui se fait dans un lieu éloigné de la partie affectée, & dérivative celle qui se fait au voisinage. C’est mal à propos qu’on a voulu appliquer des raisons théoriques, mécaniques, hydrauliques, aux loix du choix des veines qu’on doit ouvrir dans les inflammations & autres maladies ; elles ne peuvent qu’entretenir l’erreur & le vice dans l’art de guérir. Il vaut mieux se contenter des vraies observations pratiques.

Hippocrate nous apprend que lorsqu’une fluxion menace une partie, il faut pratiquer la saignée dans les endroits les plus éloignés, pour diminuer la tendance des humeurs vers la partie affectée, en procurant un affaiblissement dans la partie éloignée. C’est ce qu’a très-bien vu Sthal qui reconnoît dans une partie sujette à la fluxion, une espèce de spasme qui ne peut être emporté que par une saignée révulsive. Haller a observé que si on pique la veine d’un animal vivant, le sang se porte & se dirige même, contre les loix de la circulation, dans la veine piquée ; les bords de la plaie rougissent & s’enflent tout comme si, dans une fluxion imminente, on saignoit dans une partie voisine, il se seroit à coup sûr un affoiblissement qui aideroit l’effort du sang dans cette partie.

Mais, lorsque la fluxion est décidée, il faut distinguer deux cas ; le premier, où il ne faut qu’une saignée pour la solution de la maladie ; le second, où une seule saignée ne suffit pas. Dans le premier Hippocrate veut qu’on fasse la saignée dans un organe voisin ; & dans le second, après une saignée dérivative, il veut qu’on en vienne aux révulsives, par la raison que dans les fluxions, déja faites & avancées, il faut procurer un affoiblissement, ou diminution de forces, & qu’il a lieu d’une manière plus parfaite en saignant dans une partie voisine, que dans une éloignée.

Il y a de plus des loix de sympathie dans tous les organes, & une