Page:Rozier - Cours d’agriculture, 1796, tome 9.djvu/39

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mais elle est de beaucoup inférieure à celle du même sang qui s’écouleroit par la somme de toutes les veines du bras. Il arrive donc alors qu’il circule moins de sang dans les artères brachiales, dont le diamètre est diminué par la compression de la ligature, dont le sang rencontre plus d’obstacles dans son cours, & moins d’écoulement ; ce qui est contraire à ce que nous avons observé dans l’effet de la saignée sans ligature. Le sang ne viendra pas non plus par un mouvement rétrograde, se présenter à écoulement ; mais la veine ouverte recevant toujours du sang, n’en renvoyant jamais au cœur, laissera désemplir tous les vaisseaux veineux qui sont placés entre la plaie & le cœur. La défaillance que produira leur affaissement, s’il est poussé trop loin, exigera de la nature & de l’art les mêmes efforts que nous avons vu nécessaires dans les saignées sans ligature.

Par les règles que nous avons établies, que le seul bon sens nous paroît démontrer, quand même le calcul & l’expérience ne s’y joindroient pas, il est aisé de conclure que la saignée & la ligature produisent deux effets opposés, que l’un accélère le cours du sang, que l’autre le retarde ; que la première détruit en partie l’engorgement auquel la dernière a donné lieu, & que comme les saignées se font presque toutes avec une ligature, comme l’accélération du sang, produite par la saignée, est inférieure au retard que celle-ci y met, il en résulte une effet opposé à celui que soutenoit Bellini & Sylva, que les artères apportent moins de sang pendant la saignée à l’avant-bras, & conséquemment à toutes les parties voisines avec lesquelles il est lié par l’articulation, qu’elles n’en apportoient avant, qu’elles n’en apporteront lorsque, la ligature ôtée, le cours du sang étant devenu libre & égal, chaque vaisseau verra passer une quantité de sang proportionnée à son diamètre & aux forces qui le font circuler dans son centre.


Section III.

Idée générale des maladies dans lesquelles la saignée est indiquée & contre-indiquée.

Pour développer à fond l’usage de la saignée, il faudroit descendre dans le détail de toutes les maladies, & même dans leurs différens états. Le champ seroit trop vaste : obligés de nous resserrer, nous verrons les maladies sous un autre jour ; nous rechercherons, 1°. les indications de la saignée ; 2°. les contre indications. Mais avant que de suivre ces points de vue, élevons-nous contre deux abus plus nuisibles à l’humanité & aux animaux, que la saignée faite à propos n’a jamais pu leur être utile : abus d’autant plus répréhensibles, que quoique très communs, ils ne sont fondés que sur une aveugle routine, hors d’état de rendre raison de ses démarches. Ces abus sont les saignées prophylactiques ou de précaution, & celles qu’on le croit indispensablement obligé de faire précéder les médicamens évacuans.

La plupart des habitans des campagnes, & des maréchaux qu’ils appellent au secours de leurs animaux, sont dans l’usage de les faire saigner au printemps & sur la fin de l’au-