Page:Rugendas - Voyage pittoresque dans le Brésil, fascicule 13, trad Golbéry, 1827.djvu/8

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
( 28 )

chirurgia, où l’on forme des chirurgiens secondaires, et l’aula do comercio, où l’on donne à de jeunes négocians les connaissances dont ils ont besoin, sont sans contredit beaucoup plus utiles. Le seul établissement classique est le lycée, où le grec, le latin et la rhétorique sont plutôt enseignés qu’appris.

Ce que nous avons dit fera juger que les progrès de la civilisation à Rio-Janeiro pendant les dix-huit ans qui viennent de s’écouler sont surtout la conséquence des nombreuses relations d’affaires avec les nations européennes. Cette civilisation porte un caractère étranger et se montre dans la vie sociale, dans les variations et l’accroissement du luxe et des besoins, enfin, chez les classes élevées, dans le désir toujours croissant d’une culture plus étendue des facultés intellectuelles ; elle paraît beaucoup plus dans toutes ces choses, qu’elle ne se manifeste par l’existence de connaissances approfondies ou par leur application aux différentes branches des arts, des métiers, des manufactures, de l’agriculture, etc. On est encore fort reculé à Rio pour toutes ces choses ; aussi le commerce de la ville ne consiste-t-il en général qu’en exportation de produits bruts, tandis qu’on fait venir d’Europe presque tous les produits des arts. Du reste, il n’est pas douteux que les efforts que le gouvernement fait pour introduire dans le pays même quelques-unes des manufactures les plus importantes pour l’État, par exemple, celles qu’exige le service de la guerre et de la marine, ne soient enfin couronnés du succès qu’on en attend. Il faut dire à la louange de la génération qui s’élève dans le Brésil, quelle est douée d’un zèle sans bornes pour atteindre à des connaissances dont elle sent si bien le défaut, et que les progrès que font dans toutes les branches de la science les jeunes Brésiliens qui sont à Paris et à Londres, promettent à leur patrie d’importans services pour l’avenir.

Le ton de la haute société est surtout d’imiter les mœurs anglaises ; mais celles-ci sont beaucoup trop opposées à la vivacité des habitans et même au climat, pour qu’un pareil mélange ne produise pas sur l’étranger impartial une impression désagréable : il ne peut manquer d’être choqué de retrouver au milieu d’une nation si grande et si originale toutes les petitesses, les folies et les entraves de la bonne compagnie européenne, et surtout de la société anglaise : par exemple, devoir des promeneurs qui parcourent le passeio publico, vêtus à la dernière mode de Paris ou de Londres, et qui n’offrent à l’artiste aucun aspect agréable. Les ecclésiastiques, et surtout ceux qui appartiennent à un ordre monastique, occupent dans toutes les sociétés une place distinguée, et en général ils la méritent, tant par leur conduite que par leurs connaissances, qui sont, comparativement, beaucoup plus grandes que celles des autres.

Au Brésil, comme dans la métropole, la littérature française du siècle dernier a