Page:Rugendas - Voyage pittoresque dans le Brésil, fascicule 13, trad Golbéry, 1827.djvu/9

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exercé une grande influence sur l’éducation des hautes classes, et maintenant encore c’est la seule littérature étrangère qui soit quelque peu connue des Brésiliens et des Portugais, tant par des traductions que par les ouvrages originaux. Cela est d’autant plus singulier, que le nombre des Anglais établis à Rio est bien plus considérable que celui des Français, et que le commerce a répandu la connaissance de l’anglais beaucoup plus que celle du français, enfin, que les mœurs anglaises trouvent bien plus d’imitateurs que les mœurs françaises. Ce n’est point ici le lieu d’examiner quelle influence les derniers changemens produiront sur les institutions civiles et sur la marche de la civilisation au Brésil, et jusqu’à quel point des événements futurs peuvent la déranger ou lui donner une autre direction. Si d’une part, les habitudes sociales des classes élevées à Rio ne fournissent pas au peintre plus de traits à saisir ou à représenter que dans la plupart des grandes villes de l’Europe (bien que sous d’autres rapports il reconnaisse leurs avantages), de l’autre, il en est richement dédommagé par la bruyante variété qui règne dans les classes inférieures. On retrouve ici la race africaine avec ses dégénérations ; elle y est toujours plus remarquable, tant par la teinte prononcée et par le nombre de ses individus, que par son amour pour les couleurs mêlées, par les cris au moyen desquels les Nègres s’excitent au travail, enfin, par les bruyantes expressions de leur joie. On en est d’autant plus frappé du caractère sombre des Indiens qui prennent une place dans ce tableau, soit comme bateliers, soit comme pêcheurs, soit comme muletiers. Du reste, on voit à Rio très-peu de véritables Indiens sauvages, et leur apparition excite vivement l’attention, même celle des habitans. La place la plus vivante c’est Largo do paço, devant le palais impérial, au lieu du débarquement : là se rassemblent, et surtout le soir, des hommes de toutes les conditions, de toutes les nations et de toutes les couleurs. D’une part les travaux du chargement et du déchargement des vaisseaux, de l’autre le palais impérial avec son appareil militaire, contribuent beaucoup à animer le tableau. Il est un usage choquant, qui paraît tout aussi contraire aux idées d’un prince éclairé qu’il l’est au degré de liberté civile auquel prétendent ses sujets, c’est que chaque fois que l’empereur passe en voiture, ceux qui le rencontrent descendent de la leur, tandis que le peuple se met à genoux. C’est un trait caractéristique des mœurs publiques chez les habitans de Rio-Janeiro, que le grand nombre de fêtes d’église et de processions, et la joie bruyante avec laquelle on les célèbre ; particulièrement parmi les classes inférieures du peuple et dans les quartiers de Mata-porcos, de Gamboa et de Vallongo, où elles sont accompagnées de feux d’artifices, de musique et de danses.

Les habitans de Rio font en général preuve de beaucoup de tempérance dans leur