Page:Rugendas - Voyage pittoresque dans le Brésil, fascicule 16, trad Golbéry, 1827.djvu/5

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grand amour de la liberté, qualités qu’ils eurent bientôt l’occasion de développer, et qui leur assignent une place glorieuse dans l’histoire des peuples.

Cette occasion leur fut donnée par les Hollandais : ceux-ci, voulant s’établir au Brésil, essayèrent de soumettre Pernambuco. Après avoir été chassés de Bahia par l’amiral espagnol Don Fadrique de Tolède, les Hollandais tournèrent tous leurs efforts contre Pernambuco. La cour d’Espagne, informée de leurs préparatifs, envoya un général portugais, Mathias d’Albuquerque. Il vint à Pernambuco avec quelques troupes, prit le commandement et fit les préparatifs nécessaires à la défense. Toutefois ses forces n’étaient pas assez considérables pour défendre Olinda, qui d’ailleurs était mal fortifiée, contre la flotte hollandaise, qui était bien approvisionnée et chargée de troupes de débarquement, et qui en 1630 s’empara de la ville, du port et de Recife. Mais ici, comme à Bahia, l’événement prouva que la conquête du chef-lieu ne décidait rien quant au sort de la province. Exaspérés par les cruautés des soldats hollandais, tous les habitans prirent les armes, et les Hollandais ne purent se maintenir que dans la capitale et sur quelques autres points fortifiés, d’où ils ravageaient tout le pays ; mais souvent aussi les habitans les attaquaient, leur faisaient éprouver des pertes considérables et les mettaient en fuite. Malheureusement ces habitans n’avaient ni assez de troupes disciplinées, ni assez d’armes pour entreprendre quelque chose de décisif. L’Espagne envoya une flotte sous le commandement de l’amiral Oquendo ; il devait protéger les galions mexicains et en même temps conduire du renfort à Pernambuco. Oquendo rencontra à la hauteur d’Olinda la flotte hollandaise sous les ordres de l’amiral Patry, et après une bataille terrible, les Hollandais, vaincus, furent contraints de fuir dans le port de Recife. L’amiral Patry, dont le vaisseau venait d’être pris, se déroba à la captivité par une mort volontaire, et dans sa défaite même il acquit des droits à l’immoralité : du haut de son vaisseau il se précipita dans la mer en s’écriant : « L’océan est la seule tombe digne d’un amiral hollandais. »

Oquendo débarqua sept cents hommes sous le commandement du général Bagnolo, et dans leur première frayeur les Hollandais abandonnèrent Olinda ; après l’avoir réduite en cendres, ils se retirèrent à Recife. Ce n’est pas ici le lieu de raconter tous les événements toutes les vicissitudes de cette lutte. Les Hollandais déployèrent une persévérance qui tenait de l’obstination ; ils avaient pour eux la supériorité de l’art militaire, de continuels renforts envoyés d’Europe et des richesses inépuisables ; au contraire, les habitans de Pernambuco ne possédaient que leur héroïsme ; nul secours ne leur venait de l’Europe. Ils soutinrent quatre années l’effort Hollandais, qui