Page:Rugendas - Voyage pittoresque dans le Brésil, fascicule 18, trad Golbéry, 1827.djvu/9

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son esclave, à la fois, et sans l’intervention de l’autorité. Néanmoins, et comme nous l’avons déjà dit plus haut, ces lois sont sans force, et peut-être même sont-elles inconnues à la plupart des maîtres et des esclaves ; ou bien, les Autorités sont si éloignées, qu’en effet le châtiment des esclaves à raison d’un délit, soit réel, soit imaginaire, ou les mauvais traitemens qui ne seraient que le résultat du caprice ou de la cruauté du maître, ne trouvent de bornes que dans la crainte de perdre l’esclave, soit par sa mort, soit par sa fuite, ou dans le respect qu’on a pour l’opinion publique. Mais ces considérations ne sont pas toujours suffisantes pour empêcher le mal, et il n’est que trop vrai qu’il ne manque pas d’exemples de cruautés qui ont amené la mutilation ou la mort des esclaves, et que ces crimes sont restés impunis : mais il est vrai aussi que ces excès sont rares, et que leur nombre ne dépasse guère celui des crimes du même genre commis par des hommes libres sur des hommes libres en Europe ; enfin, que la plupart sont commis par des étrangers, des Européens, et que l’opinion publique s’exprime hautement et généralement, comme le méritent de telles horreurs. On ne saurait douter que les progrès que la civilisation promet maintenant de faire au Brésil, n’amènent aussi la juste vindicte des lois sur de tels attentats, une description détaillée de ces scènes ne pourrait avoir aucun but raisonnable. Croirait-on par ce moyen exciter la pitié ? Mais quand cette pitié n’est que le résultat d’une impression des sens, ou d’une imagination montée, elle est absolument sans valeur. Il suffit d’avoir démontré que de tels forfaits sont possibles et qu’ils se commettent en effet, pour convaincre tout être raisonnable de la nécessité qu’il faut changer de fond en comble tout ce système d’esclavage, pour rendre possible son entière abolition. Mais si l’on pense qu’il faut de pareils tableaux pour agir sur des âmes grossières, on oublie qu’il est plus nuisible de souiller leur imagination de ces faits, que profitable d’exciter en eux ce genre de pitié.

Il ne faut pas, non plus, se laisser égarer par une pitié mal entendue, au point de s’imaginer qu’il soit possible de conduire et de tenir en respect sans une grande sévérité et sans une prompte justice, une troupe de cinquante à cent hommes passionnés, et de femmes encore plus indisciplinées, comme le sont en général les esclaves. Dans la plupart des plantations les délits graves sont atteints du fouet ; on n’applique, à raison des moindres fautes, que des palmados, ou coups sur le plat de la main. Le plus souvent ces corrections s’administrent en présence de tous les esclaves. Il est à désirer, sans doute, que l’usage du fouet soit, peu à peu, tout-à-fait aboli, et l’on doit s’y attendre d’autant plus que l’intérêt des colons s’ac-