Page:Ruskin - La Bible d’Amiens.djvu/202

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


éternelles. Le peuple qui y est né est son peuple, fût-il mille et mille fois conquis, exilé ou captif. L’étranger ne peut pas être son roi, l’envahisseur son maître et, bien que des lois justes, qu’elles soient instituées par les peuples ou par ceux qui les ont conquis, aient toujours la vertu et la puissance qui sont l’apanage de la justice, rien ne peut assurer à aucune race, ni à aucune classe d’hommes de bienfaits durables que la flamme qui est dans leur propre cœur, allumée par l’amour du pays natal.

16. Naturellement, en disant que l’envahisseur d’un pays ne pourra jamais le posséder, je parle seulement d’invasions telles que celles des Vandales en Libye ou telle que le nôtre aux Indes ; là où la race conquérante ne peut pas devenir un habitant permanent. Vous ne pourrez pas appeler la Libye Vandalie, ou l’Inde Angleterre, parce que ces pays sont temporairement sous la loi des Vandales et des Anglais, pas plus que vous ne pourrez appeler l’Italie sous les Ostrogoths, Gothie, ou l’Angleterre sous Canut, Danemark. Le caractère national se modifie lorsque l’invasion ou la corruption viennent l’affaiblir, mais si jamais il vient à reprendre son éclat dans une vie nouvelle il faut que cette vie soit façonnée par la terre et le ciel du pays lui-même. Des douze noms de pays donnés à présent dans leur ordre, nous en verrons changer un seul, en avançant dans notre histoire ; la Gaule deviendra exactement la France lorsque les Francs viendront l’habiter pour toujours. Les onze autres noms primitifs nous serviront jusqu’à la fin.

17. Un moment de patience encore pour jeter un coup d’œil vers l’Extrême-Orient, et nous aurons établi les bases de toute la géographie qui nous est