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la bible d’amiens.

De ces saints, en exceptant saint Firmin et saint Honoré, desquels j’ai déjà parlé[1], saint Geoffroy[2] est plus réel pour nous que les autres ; il était né l’année de la bataille d’Hastings, à Molincourt dans le Soissonnais et fut évêque d’Amiens de 1104 à 1150. Un homme d’une vie entièrement simple, pure et juste : un des plus sévères entre les ascètes, mais sans rien de sombre — toujours doux et pitoyable. On rapporte de lui un grand nombre de miracles, mais tous indiquant une vie qui était surtout miraculeuse par sa justice et sa paix.

Consacré à Reims et accompagné à son diocèse d’un cortège d’autres évêques et de nobles, il descend de son cheval à Saint-Acheul, le lieu de la première tombe de saint Firmin, et marche nu-pieds d’Amiens à Picquigny pour demander au vidame d’Amiens la liberté du châtelain Adam. Il défendit les privilèges des habitants de la ville, avec l’aide de Louis le Gros contre le comte d’Amiens, le battit, et rasa son château ; néanmoins, les gens ne lui obéissant pas assez dans la discipline de la vie, il blâma sa propre faiblesse plutôt que la leur et se retira à la Grande-Chartreuse, ne se trouvant pas capable d’être leur évêque. Le supérieur chartreux le questionnant sur les raisons de sa retraite, et lui demandant s’il avait trafiqué des charges de l’Église, l’évêque répondit : « Mon Père, mes mains sont pures de simonie, mais

  1. Voir ante, chap. i (p. 8, 9) l’histoire de saint Firmin, et de saint Honoré (p. 77, § 8) dans ce chapitre, avec la référence qui y est donnée. — (Note de l’Auteur.)
  2. Voir sur saint Geoffroy, Augustin Thierry, Lettres sur l’Histoire de France, Histoire de la Commune d’Amiens, pp. 271-281. — (Note du Traducteur.)