Page:Ruskin - Les Matins à Florence.djvu/19

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PRÉFACE


Les matins de printemps qu’on passe à Florence sont comme des enluminures de missel intercalées dans les pages grises et monotones du livre de la vie. Le premier matin surtout. Le soleil naît dans un ciel giottesque, un ciel d’or. Les rues, pleines d’un monde jaseur et désœuvré, bruissent comme des volières. Les voitures légères courent sur les dalles, éperdûment. Les grands palais avec leurs pierres grises, les églises rayées de marbre noir et de marbre blanc comme faites de dominos, les clochers fondus dans l’azur, les tours, les ponts aux arches pleines de lumière, les statues immortelles en plein vent, faisant, dans le paisible azur, des gestes de rapt ou de meurtre ; les portes sans pareilles que Ghiberti commença jeune homme et termina vieillard : — toutes ces choses que, jusqu’au bout du monde, les peuples les plus jeunes cherchent et admirent, que les auteurs, dans toutes les langues, murmurent au fond des bibliothèques, qu’on acclame dans les chaires, on les voit toutes d’un coup monter vers le ciel comme un feu d’artifice. Voici la double colonnade des Uffizi, dans l’ombre, conduisant la vue sur un ciel bleu où s’éclaire, dans le soleil des printemps nouveaux, la tour du Palazzo Vecchio, — cette tour qui vit brûler Savonarole et où grondait la cloche a martello appelant le peuple aux