Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/268

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première en date est la plus belle : c’est la statue de saint Simeon, sculptée sur le tombeau qui devait recevoir ses reliques dans l’église qui lui fut consacrée sous le nom de Saint-Siméon-le-Grand. Dès que la figure apparut, on sculpta plus richement le sarcophage, toujours dans un sentiment religieux. Il fut, le plus souvent, divisé en deux panneaux remplis de petits bas-reliefs représentant le martyre subi par les Saints, patrons du défunt. Au centre, le Christ, la Vierge et l’Enfant, sous un dais richement drapé et, dans les angles, presque toujours les deux figures de l’Annonciation, l’annonce de la naissance du Christ étant considérée comme le germe de la promesse de la vie éternelle pour les hommes.


A Venise, ces figures sont toujours ciselées avec rudesse ; les progrès de la statuaire y furent relativement tardifs ; à Vérone, où la grande École de Pise avait une puissante influence, la sculpture des monuments fut infiniment plus belle et, dès l’année 1335, la forme achevée de la tombe gothique apparut dans le monument de Can Grande délia Scala, au-dessus du portail de la chapelle appartenant autrefois à cette noble famille véronaise.

Le sarcophage est couvert de bas-reliefs peu profonds, représentant (ce qui est rare, en Italie, excepté pour les tombeaux des Saints) les principaux épisodes de la vie du guerrier. Ils forment un fond rude et fuyant devant lequel les statues en plein relief, représentant l’Annonciation, sortent hardiment de la façade du sarcophage où dort, dans la longue robe de sa dignité civile, le seigneur de Vérone, ayant pour coiffure une simple bandelette nouée autour des sourcils et retombant sur l’épaule. Il semble endormi, les bras croisés et l’épée au côté. Au-dessus de lui, s’élève un dais arqué soutenu par deux colonnes saillantes ; sur son pinacle est la statue du chevalier,