Page:Ruskin - Sésame et les lys.djvu/142

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s’étendit alors sur la paille et dit qu’il ne pourrait pas vivre jusqu’au matin.

Un juré : « Vous mourrez d’inanition vous-même, vous devriez aller à l’hospice jusqu’à l’été. » Le témoin : « Si nous entrions, nous mourrions. Quand nous en sortirions l’été, nous serions comme des gens tombés du ciel. Personne ne nous connaîtrait et nous n’aurions pas même une chambre. Je pourrais travailler à présent si j’avais de la nourriture, car ma vue s’améliorerait. »

Le docteur G. P. Walker dit que le défunt a succombé à une syncope venue de l’épuisement dû au manque de nourriture. Le défunt n’avait pas de couvertures. Depuis quatre mois, il n’avait plus rien d’autre à manger que du pain. Il n’existait pas dans le corps une parcelle de graisse. Il n’avait pas de maladie, mais s’il avait en le secours d’un médecin, il eût pu survivre à la syncope ou à l’évanouissement. Le coroner ayant insisté sur le caractère pénible de ce cas, le jury rendit le verdict suivant : « Que le défunt était mort d’épuisement provenant du manque de nourriture et des nécessités ordinaires de la vie ; et aussi faute d’assistance médicale. »

37. Pourquoi le témoin n’a-t-il pas voulu aller à l’asile ? demandez-vous. Eh bien les pauvres paraissent avoir contre l’asile un préjugé que n’ont pas les riches, puisqu’en effet toute personne qui reçoit

    de volaille à la Bagration ; 16 hors-d’œuvres variés ; Bouchées à la Talleyran, Saumons froids sauce Ravigote, Filets de bœuf en Bellevue, Timbale milanaise. Chaud froid de gibier. Dindes truffées. Patés de foie gras. Buisson d’écrevisses. Gelées blanches aux fruits. Gateaux Mancini, parisiens et parisiennes. Fromages glacés. Ananas. Dessert. (Note de l’auteur.)

    (a) Ruskin veut parler ici des versets de S. Luc, xi, 11 et S. Mathieu, vii, 9 : « Quel est le père d’entre vous qui donne à son fils une pierre quand il lui demande du pain ? » Comparez avec cette autre belle interprétation des memes versets dans la Couronne d’Olivier Sauvage, I, le Travail : « Il est manifeste que Dieu entend que toute parole bonne et tout travail utile soient faits pour rien. Baruch, l’écrivain public, ne gagna pas, je gage, un sou la ligne à copier pour Jérémie son second rouleau, et saint Étienne n’eut pas les émoluments d’un évêque pour son long sermon aux Pharisiens : il n’eut que des pierres. Car c’est là le payement naturel du père terrestre. Qu’un enfant de ce monde travaille pour le bien du monde, honnêtement, de toute sa tête et de tout son cœur et vienne à lui, disant : « Donne-moi un peu de pain, juste ce qu’il faut pour vivre », le père terrestre lui répondra : « Non, mon enfant, pas de pain, une pierre, si tu veux ou autant que tu en voudras, pour te faire taire. » Mais les travailleurs manuels ne sont pas aussi malheureux, que tout ceci le laisserait entendre. Le plus qui puisse vous arriver à vous, c’est de cesser des cailloux, non d’être lapidés, etc. (Note du traducteur.)

    (b) Dans la Couronne d’Olive Sauvage Ruskin a rapproché de même deux entrefilets presque pareils à ceux-ci et d’où se dégage le même enseignement :

    « Je vais d’abord pour commencer vous l’exposer lumineusement en vous lisant tout bonnement deux entrefilets que j’ai découpés en déjeunent, dans deux journaux placés sur ma table le même jour, 25 novembre 1864. Le passage concernant le Russe opulent à Paris est assez banal at, qui plus est, stupide (car ce n’est rien pour un riche de payer 15 francs pour une couple de pêches en dehors de l’époque ordinaire de ces fruits). Cependant, les deux faits-divers parus le même jour valent d’être placés côte à côte.

    « Un de ces hommes est actuellement dans nos murs. C’est un Russe, et, avec votre permission, nous l’appellerons comte Teufelskine. Dans sa façon de s’habiller, il est sublime ; l’art joue son rôle dans cette mise où l’harmonie des couleurs est respectée, et où, dans d’heureux contrastes, sa révèle le chiar’-oscuro. Ses manières sont empreintes de dignité — peut-être même apathiques ; rien ne trouble la calme sérénité de cet extérieur placide. Notre ami, un jour, déjeunait chez Bignon. Quand arriva l’addition, il y lut : « Deux pêches, 15 francs. » Il paya. « Les pêches sont rares, je présume ? » se borna-t-il à remarquer. « Non, Monsieur, répliqua le garçon, mais les Teufelskines le sont. » (Telegraph, 25 novembre 1864.)

    « Hier matin, à huit heures, une femme, passant près d’un tas de fumier, dans la cour pavée qui longe l’hospice récemment construit dans Shadwell Gap High-Street, Shadwell, fit remarquer à un constable du quartier un homme accroupi sur le tas de fumier, lui disant qu’elle craignait qu’il ne fût mort. Ses craintes se trouvèrent justifiées. La mort du malheureux paraissait remonter à plusieurs heures. Il était mort de froid et d’humidité, et la pluie avait fouetté le cadavre toute la nuit. Le défunt était chiffonnier. Il était tombé dans la plus effroyable pauvreté, misérablement vêtu, la ventre vide. La police l’avait à plusieurs reprises chassé de cette cour depuis le lever jusqu’au coucher du soleil, lui disant de rentrer chez lui. Il avait choisi l’endroit la plus désert afin d’y mourir misérablement. On trouva dans ses poches un sou et quelques os. Il pouvait avoir entre cinquante et soixante uns. L’inspecteur Roberts, de la division K, a ordonné de faire une enquête chez les logeurs afin de s’assurer, si possible de l’identité du malheureux. » (Morning Post, 25 novembre 1864.) (La Couronne d’Olivier Sauvage, I, le Travail.) (Note du traducteur.)

    (a) Citation de Lycidas de Milton. (Note de l’auteur.)