Page:Ruskin - Sésame et les lys.djvu/186

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au rameau d’olivier et au bouclier de nuages, à la foi en qui vous devez, en descendant jusqu’à ce jour, tout ce que vous tenez pour le plus précieux en art, en littérature, ou en modèles de vertu nationale.

63. Mais je ne veux pas m’égarer dans ces régions lointaines et mythiques ; je veux seulement vous demander d’accorder sa légitime valeur au témoignage de ces grands poètes et des grands hommes du monde entier, d’accord, comme vous le voyez, sur ce sujet. Je veux vous demander si l’on peut supposer que ces hommes, dans les œuvres capitales de leurs vies, n’ont fait que jouer avec des idées purement fictives et fausses sur les relations de l’homme et de la femme ; que dis-je ? bien pires que fictives ou fausses ; car une chose peut être imaginaire et cependant désirable, si toutefois elle est possible, mais cela, leur idéal de la femme, n’est, d’après notre habituelle conception des relations du mariage, rien moins que désirable. La femme, disons-nous, ne doit ni nous guider, ni seulement penser par elle-même. L’homme doit être toujours le plus sage ; c’est à lui d’être la pensée, la loi, c’est lui qui l’emporte par la connaissance, et par la sagesse, comme par la puissance.

64. N’est-il pas de quelque importance de nous faire une opinion sur cette question ? Sont-ce tous ces grands hommes qui se trompent ou nous ? Shakespeare et Eschyle, Dante et Homère ne font-ils qu’habiller des poupées pour nous ; ou, pire que des poupées, des visions hors nature dont la réalisation, si elle était possible, amènerait l’anar-