Page:Ruskin - Sésame et les lys.djvu/187

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chie dans tous les foyers et ruinerait l’affection dans tous les cœurs ? Mais, si vous pouvez supposer cela, consultez enfin l’évidence des faits, telle que nous la fournit le cœur humain lui-même. Dans tous les âges chrétiens qui ont été remarquables par la pureté ou par le progrès, il y eut l’absolue dévotion d’une fanatique obéissance vouée par l’amant à sa maîtresse, Je dis obéissance ; non pas seulement un enthousiasme et un culte purement imaginatifs ; mais une entière soumission, recevant de la femme aimée, si jeune soit-elle, non seulement l’encouragement, la louange et la récompense du labeur, mais, dans tout choix difficile à faire ou toute question ardue à trancher, la direction de tout labeur. Cette chevalerie aux abus et à la dégradation de laquelle nous pouvons faire remonter la responsabilité de tout ce qui s’est produit depuis de cruel dans la guerre, d’injuste dans la paix, de corrompu et de bas dans les relations domestiques ; dont l’originale pureté et la puissance organisèrent la défense de la foi, de la loi et de l’amour ; cette chevalerie, dis-je, donnait comme base à sa conception d’une vie d’honneur la soumission du jeune chevalier aux ordres — même si ces ordres étaient dictés par un caprice — de sa dame. Et cela, parce que ceux qui la fondèrent savaient que la première et indispensable impulsion d’un cœur vraiment instruit et chevaleresque se trouve dans une aveugle obéissance à sa dame ; que là où cette vraie foi et cet esclavage ne sont pas, seront toutes les passions perverses et malfaisantes ; et que dans cette obéissance ravie à l’unique amour de sa jeunesse