Page:Ruskin - Sésame et les lys.djvu/50

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gothique fervent qui n’a même pas pris la peine d’aller à Chartres visiter la cathédrale[1].

Mais quelle bonne humeur, quel goût ! comme nous le suivons volontiers dans ses aventures, ce compagnon plein d’entrain ; il est si sympathique que tout autour de lui nous le devient. Et après les quelques jours qu’il a passés auprès du commandant Lebarbier de Tinan, retenu par la tempête à bord de son beau vaisseau « étincelant comme de l’or », nous sommes triste qu’il ne nous dise plus un mot de cet aimable marin et nous le fasse quitter pour toujours sans nous apprendre ce qu’il est devenu[2]. Nous sentons bien que sa gaieté hâbleuse et ses mélancolies aussi sont chez lui habitudes un peu débraillées de journaliste. Mais nous lui passons tout cela, nous faisons ce qu’il veut, nous nous amusons quand il rentre trempé jusqu’aux os, mourant de faim et de sommeil, et nous nous attristons quand il récapitule avec une tristesse de feuilletonniste les noms des hommes de sa génération morts avant l’heure. Nous disions à propos de lui que ses phrases dessinaient sa physionomie, mais sans qu’il s’en doutât ; car si les mots sont choisis, non par notre pensée selon les affinités de son essence, mais par notre désir de

  1. « Je regrette d’avoir passé par Chartres sans avoir pu voir la cathédrale. » (Voyage en Espagne, p. 2.)
  2. Il devint, me dit-on, le célèbre amiral de Tinan, père de Mme Pochet de Tinan, dont le nom est resté cher aux artistes, et le grand-père du brillant capitaine de cavalerie. — C’est lui aussi, je pense, qui devant Gaëte assura quelque temps le ravitaillement et les communications de François II et de la Reine de Naples. Voir Pierre de la Gorce, Histoire du second Empire.