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198 LES MUSES FRANÇAISES ».

Tout est neutre et parfait, tout me semble normal; Sans me plaire l'instant qui passe me contente Et plus rien ne me blesse et plus rien ne me tente, Ce cœur n'est plus à moi qui ne me fait plus mal. Je ne' suis plus malade de délicatesse, J'ai l'esprit simple et net et presque impertinent, D'un regard exalté, lumineux, fascinant. Je ne sais plus nourrir la royale tristesse. Sous les tilleuls rythmant l'air qu'ils vont embaumer, Près de toi, cher Amour, je ris, je suis heureuse, Je ne regarde pas ta bouche dangereuse, Que vous ai- je donc fait pour ne plus vous aimer ? Qu'as-tu? tu deviens pâle et plus beau que toi-même; Tu n'as plus un sourire et plus un mouvement. Ah ! ne me croyez pas. Amour, Amour charmant, Impérieux Amour, Ah ) comme je vous aime. (Le Cœur Magnifique.)

CRÉPUSCULE

Le léger tamaris et les fusains luisants S'éteignent, le beau jour range tous ses présents, Un à un, lentement sous des voiles de brume, Et tout ce qui rayonne et tout ce qui parfume Rentre en soi comme ceux qui voient partir l'amour. Un peuplier hautain évident est la tour D'où guettera la nuit, le veilleur qui l'habite. La forêt m'apparaît plus sombre et plus petite ; L'espace qu'elle occupe est comme rétréci ; Qu'a-t-elle donc ce soir? son aspect est transi ; Les feuilles pour dormir ne trouvant pas leur place, Pendantes, sont des mains qu'une main désenlace. Elle qui m'interroge et me répond toujours N'a même pas d'écho ni de murmures sourds, Et si d'un doigt sul»îil j'essaye une caresse, Ce que je veux toucher s'écarte ou se redresse Avec ce doux chagrin qu'on ne peut consoler. Une branche a bougé pour ne pas me frôler. Toutes les plantes sont défiantes, craintives,