Page:Sée - Les Origines du capitalisme moderne.djvu/202

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longue période où il s’est élaboré que dans son plein épanouissement) peut être tenu pour responsable de bien des souffrances, il a été aussi un puissant instrument d’activité et d’émancipation intellectuelle. Voilà sans doute la grande raison pour laquelle l’Italie, dès le XIVe siècle, les Pays-Bas, à l’aurore des temps modernes, ont été les champs d’élection des sciences, des lettres et des arts, la raison pour laquelle la Renaissance y a été particulièrement florissante et féconde[1]. Puis, la création de grandes fortunes mobilières a produit toute une catégorie de protecteurs éclairés des arts et des lettres ; toute l’histoire des arts pourrait en témoigner, en ce qui concerne surtout l’Italie et les Pays-Bas[2]. C’est aussi un fait bien significatif que la Hollande du XVIIe siècle a produit un Rembrandt, un Ruysdaël, et a été un foyer d’activité scientifique, comme de liberté intellectuelle, l’asile et le refuge des hommes qui pensaient.

On peut même saisir un lien entre l’évolution capitaliste et les mouvements religieux. On a vu avec quelle ténacité l’Église s’est élevée contre le prêt à intérêt, contre le commerce de l’argent, contre la spéculation sur les changes et sur le papier. D’autre part, l’individualisme, qui se manifeste dans le domaine économique, au XVIe siècle, trouve aussi son expression, sur le domaine religieux, dans la Réforme, et principalement dans la Réforme calviniste. On a vu que Calvin considérait comme légitime le prêt à intérêt ; on a vu aussi que les

  1. Les relations commerciales de Venise, Gênes, Pise et Florence avec l’Orient, si intenses surtout à partir des croisades, n’ont pas seulement contribué à l’accumulation des capitaux, d’où procède la première éclosion du capitalisme ; elles ont encore agi indirectement sur la pensée et l’art italiens. Voy. A. Renaudet, Les influences orientales dans la « Divine Comédie » et dans la peinture toscane (Revue de synthèse historique, décembre 1925).
  2. Voy. le suggestif article de Haldvan Koht, Le problème des origines de la Renaissance (Revue de synthèse historique, juin 1914).