Page:Ségur - La soeur de Gribouille, Hachette, 1886.djvu/258

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nir. Elle comprit que sa position serait moins bonne qu’avant son entrée chez Mme Delmis ; ni Mme Delmis, ni Mme Grébu, qui étaient ses meilleures pratiques, ne la feraient travailler ; peut-être même lui nuiraient-elles auprès de leurs amies qui toutes jadis lui donnaient de l’ouvrage. Et, si la commande lui manquait, que ferait-elle pour faire vivre son pauvre frère, incapable de se placer sans elle.

« Le bon Dieu viendra à mon secours, dit-elle ; M. le Curé me donnera un bon conseil ; peut-être me fera-t-il trouver de l’ouvrage. Il m’a toujours dit de ne pas perdre confiance ; ma pauvre mère s’est toujours remontée en priant ; je ferai comme elle, et comme elle j’aurai le calme et la paix du cœur. En attendant, voyons ce que j’ai d’argent et combien de temps il durera. »

Caroline ouvrit une boîte qui était sur une planche, versa l’argent qu’elle contenait et compta cent soixante-cinq francs : cent francs pour quatre mois de gages, et soixante-cinq qu’elle avait en entrant chez Mme Delmis.

« En dépensant trente francs par mois pour notre nourriture et dix francs de savon, chandelle, épicerie, chaussures, etc., nous pourrons vivre pendant quatre mois ; j’en gagnerai bien autant : ce qui me fera encore quatre mois d’avance. C’est bien ! »

Caroline serra son argent en remerciant le bon Dieu de lui avoir envoyé ce secours, sur lequel elle n’avait pas compté jadis. Gribouille rentra peu de temps après.