Page:Ségur - La soeur de Gribouille, Hachette, 1886.djvu/372

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peut-elle être mieux que chez vous ? Ce que vous faites pour elle, c’est aussi pour moi que vous le faites, et je vous en serai reconnaissant jusqu’à la fin de ma vie.

le curé.

Vous me prouverez votre reconnaissance en la rendant heureuse et en aimant bien le bon Dieu, mon ami.

le brigadier.

Je vous en donne ma parole de soldat, monsieur le curé. »

Le brigadier emporta Caroline entièrement privée de sentiment ; il la déposa sur un banc de gazon du jardin et lui mouilla le front et les tempes avec de l’eau fraîche. Quand elle revint à elle, ses larmes recommencèrent à couler, mais douces et consolantes, car la mort de Gribouille n’avait eu rien d’amer ni de cruel : il avait désiré mourir : il mourait heureux d’avoir donné sa vie pour son ami et il laissait sa sœur aux mains d’un brave et honnête homme, dont le cœur dévoué et aimant remplacerait largement celui qui lui était enlevé.

Le brigadier la consola doucement et affectueusement ; il lui raconta les détails qu’elle ignorait, la blessure et le dévouement courageux de son frère ; il lui parla de leur avenir, de l’offre paternelle du bon curé et lui renouvela la promesse de se dévouer entièrement à son bonheur. Il réussit à calmer la première violence de son chagrin ; l’âme douce et tendre de Caroline reçut facilement les im-