Page:Ségur - La soeur de Gribouille, Hachette, 1886.djvu/39

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le curé.

Mais ce soir elle croit qu’elle va mourir, et c’est ce qui chagrine ta sœur.

gribouille.

Il n’y a pas de quoi se chagriner. Maman dit toujours : « Mon Dieu, si je pouvais mourir ! Je serais bien heureuse si j’étais morte ! Je ne souffrirais plus ! » Et puis maman m’a dit que, lorsqu’elle serait morte, elle irait avec le bon Dieu, la sainte Vierge, les anges… Je voudrais bien y aller aussi, moi ; je m’ennuie quand Caroline travaille, et maman dit qu’on ne s’ennuie jamais avec le bon Dieu. Dites à Caroline de ne pas pleurer ; je vous en prie, monsieur le curé, dites-le-lui : elle vous obéit toujours. »

Le curé sourit avec tristesse, et, s’approchant de Caroline, il lui redit les paroles de Gribouille et lui demanda de contenir ses larmes tant que le pauvre garçon ne serait pas couché.

Caroline regarda sa mère, le crucifix, pressa ses mains croisées sur son cœur connue pour en comprimer les sentiments, et, se dirigeant vers Gribouille avec un visage calme, elle l’embrassa avec tendresse.

caroline.

C’est donc moi qui te fais pleurer, mon pauvre frère ? Pardonne-moi, je ne recommencerai pas. Tiens, vois-tu comme je suis tranquille à présent… Vois,… je ne pleure plus.

Gribouille la regarda attentivement.