Page:Ségur - La soeur de Gribouille, Hachette, 1886.djvu/46

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Caroline montra du doigt le corps inanimé de sa mère. « Elle est morte ! » dit-elle d’une voix étouffée.

Gribouille approcha du lit de sa mère et la considéra attentivement.

« Elle ne souffre plus, dit-il ; non ! elle ne souffre pas,… vois comme son visage est calme… Elle disait vrai… « Quand je serai morte, m’a-t-elle dit, je serai bien heureuse ; je serai avec le bon Dieu, la sainte Vierge et les anges… » C’est vrai qu’elle est heureuse… Tiens, je crois qu’elle sourit. »

Et Gribouille répondit à ce sourire qu’il croyait voir ; et, se retournant vers sa sœur :

« Pourquoi pleures-tu, puisqu’elle est heureuse ? Tu n’es donc pas contente qu’elle soit heureuse ?

caroline.

Oh ! mon frère, pense donc que nous ne la verrons plus, que nous n’entendrons plus sa voix, que nous ne pouvons plus rien pour elle.

gribouille.

Nous pouvons prier, M. le curé l’a dit l’autre jour. Nous ne l’entendrons plus gémir et se plaindre, nous ne la verrons plus souffrir ; tu aimes donc mieux avoir le plaisir de la soigner que de la savoir heureuse ?… C’est singulier !… je croyais que tu l’aimais beaucoup.

caroline.

C’est parce que je l’aimais que je la pleure.