Page:Ségur - Témoignages et souvenirs.djvu/101

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Dans cette immense multitude, tous les rangs, toutes les classes, toutes les professions, étaient représentés et confondus. On y voyait l’élève de l’École polytechnique agenouillé près de l’élève de l’École normale, vainqueurs l’un du respect humain, l’autre des pièges d’une fausse philosophie. Le militaire, depuis le général jusqu’au simple soldat, l’étudiant, le député, l’homme d’État et l’obscur journalier, priaient à côté l’un de l’autre, tous unis dans une même pensée d’adoration, dans un même sentiment de charité ardente pour ce Dieu dont l’amour engendre, purifie et renferme tous les amours. Et quand le prodige éternellement subsistant de la miséricorde de Dieu se fut accompli, quand toutes ces lèvres eurent reçu la sainte hostie, quand Jésus-Christ habita dans tous ces cœurs, quand tous ces fronts, jeunes ou vieux, se furent inclinés sur le pavé de la cathédrale, succombant, en quelque sorte, sous le poids de la bonté divine, dites-le, ô mon Dieu ! ce spectacle ne vous sembla-t-il pas digne de votre éternelle majesté ? n’émut-il pas doucement votre cœur paternel et n’attira-t-il pas les regards ravis de vos anges ? Ah ! sans doute, les grandes voûtes de Notre-Dame durent en tressaillir d’allégresse, et ce jour acheva d’effacer les dernières souillures qu’avaient laissées dans la vieille métropole le délire et les ignominies de la Terreur.

C’est ainsi que les catholiques se comptèrent et se montrèrent, non seulement à Dieu et aux anges, non seulement à leurs frères étonnés et ravis de se trouver tant de frères qu’ils ne connaissaient pas, mais encore à ces philosophes puérils qui chantaient depuis si longtemps les funérailles de l’Église. Comme cet ancien sage qui, pour toute réponse, marcha devant un fou qui niait le mouvement, ils répondirent aux oraisons funèbres de leurs ennemis en faisant acte de vie. De ce jour, la lutte