Page:Sénancour - Rêverie sur la nature primitive de l’homme, tome 2.djvu/185

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Pourquoi cette expression, le Grand Siècle ? Ce titre
est plus juste quand on le donne à un homme ; alors il
n’est pas exclusif. Après Alexandre, César fut grand ;
après César, Charles le fut il y a mille ans ; et de nos
jours, une manière plus décisive peut-être, ouvre encore
des voies nouvelles au génie des combats et de la police
des Empires.
Si même les hommes étoient tous suffisamment éclairés,
si par une supposition plus chimérique, ils étoient
tous d’une entière bonne-foi, la gloire confirmée par
plusieurs générations, seroit encore plus étendue, plus
universelle que la gloire à qui le temps auroit manqué ; le
partage seroit encore inégal entre des mérites également
utiles, également rares et faits pour étonner. Le bruit le
plus rapide de tous, celui des victoires, a besoin du temps

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pour s’accroître ; il faut que les villes le trans|mettent
aux campagnes, et que les navigateurs aillent le porter
aux peuples reculés. De deux siècles mémorables, le
premier sera d’abord le plus respecté mais quand un plus
long temps les aura faits vieux tous deux, la différence
des âges disparoîtra, les deux siècles seront également
anciens ; alors le plus utile sera le plus vénéré.


    [336]

    honnête homme, il ne manquoit pas d’esprit, | mais il n’avoit rien
    d’extraordinaire. Il s’étoit fait une idée basse de la philosophie de
    Descartes, parce qu’il en avoit entretenu l’auteur quelques momens,
    et qu’il n’avoit rien reconnu en lui de cet air grave et extraordinaire
    qui échauffe l’imagination. Il prétendoit même répondre suffisamment
    aux raisons de ce philosophe, lesquelles l’embarrassoient un peu, en
    disant fièrement qu’il l’avoit connu autrefois. Qu’il seroit à souhaiter
    que ces sortes de gens pussent voir Aristote autrement qu’en peinture,
    et avoir une heure de conversation avec lui, pourvu qu’il ne
    leur parlât point en grec, mais en françois, et sans se faire connoître
    qu’après qu’ils en auroient porté leur jugement. »
    De la Recherche de la Vérité, Liv. V, chap.vii.