Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 11.djvu/106

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très-mauvaise aux plus jolis vers du monde. Je croyois que les Muses, ces doctes pucelles, ne commerçoient point avec les gens mariés, et que c’étoit pour cela qu’elles m’avoient abandonnée à la Garde,- quand elles y avoient vu arriver mon mari; mais puisqu’elles se familiarisent avec vous, je ne saurois plus douter qu’elles ne m’en veuillent personnellement, et que je ne sois absolument -brouillée avec elles. J’ai fait ce qui m’a été possible pour les fléchir dans cette occasion; il n’y a pas eu moyen d’en venir à bout. Ainsi, Madame, contentezvous, s’il vous plaît, de mon admiration, de ma reconnoissance et de mes regrets de vous avoir quittée ils n’en sont pas moins sincères pour être exprimés plus grossièrement. Il ne tiendroit qu’à moi de vous dire que j’ai pleuré jusqu’à perdre ’la vue mais comme je ne veux pas vous surfaire, je vous dirai tout naturellement que depuis ’que je suis en ce pays-ci, mes maux d’yeux m’ont repris, et me rendent la vie fort triste. C’est une grande consolation pour moi, dans le malheur de n’être plus à Marseille, de penser que j’y suis un peu regrettée, et surtout par vous, Madame. Le reversis est un petit ingrat que j’aime toujours malgré ses rigueurs 3 mais j’ai tant d’autres choses à regretter, qu’il ne doit pas se flatter d’être au premier rang. Oserois-je vous prier de dire à M. lé chevalier de Lévi4 que rien n’est plus réel que mes sentiments pour lui, et que ce ne sont plus des 3. « Le reversis, écrit Mme d’Ardène, mourut de regret deux heures après que vous fûtes partie, pour ne revivre, dit-on, qu’à ̃votre retour. » Ceux qui aiment le style précieux peuvent lire la lettre de Mme d’Ardène, dans le recueil posthume des OEuvres de son mari, tome IV, p. 16g. (Note de Védition de 1818.)

4. Sans doute un chevalier de Lévi de la branche de Gaudiez que mentionne Moréri, et qui fut fait capitaine-lieutenant de galères le a3 janvier 17 13.